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L'ancienne colonie française, aujourd'hui département, jongle avec de graves problèmes en terme de santé, d'éducation, de sécurité...
A Mamoudzou, la délinquance est devenu un problème que le Maire Majani veut prendre à bras le corps ©Ornella Lamberti / AFP
Mayotte, département français depuis 2011, affiche le PIB par habitant le plus bas du pays. L'île est sous-développée et l’État français refuse de casser sa tire-lire pour rattraper le retard. Les Mahorais ont vu leur niveau de vie s'améliorer ces dernières années et ont l'impression de vivre sur un îlot de prospérité dans un océan de misère. Ils accumulent pourtant de graves dysfonctionnement dans des domaines clefs.

L'insécurité

Le sentiment d'insécurité est très présent à Mayotte. La délinquance a augmenté en flèche ces dernières années. La capitale, Mamoudzou connaît son lot quotidien de cambriolages, de vols à l'arrachée et de violences. Mayotte subit la pression migratoire des autres îles de l'archipel des Comores. Il est donc facile de pointer du doigt les immigrés, bouc-émissaires idéals. Pourtant, l'immigration n'est pas seule responsable, les problèmes sociaux sont ici légion et il est difficile pour la jeunesse mahoraise de trouver des perspectives réjouissantes. La délinquance devient, pour certains, la seule alternative.

L'éducation

45% de la population a moins de 18 ans et le nombre de jeunes scolarisés a augmenté de 80% en seulement 10 ans. Face à cet afflux d'élèves l'île manque d'établissements et d'enseignants. L'académie de Mayotte peine à recruter. Le manque de titulaires est croissant, et ce malgré des avantages salariaux. Il y a moins de professeurs entrants que sortants. La rentrée 2017 verra un nouveau record pour Mayotte qui sera la seule académie où plus de la moitié des profs sont contractuels. Faute de personnels, la violence est très souvent présente dans les établissements scolaires et aux abords. Les rixes entre jeunes de villages rivaux sont fréquentes et s’accompagnent de coups de marteau ou de machette. C'est toute la profession qui appelle l’État à assumer son rôle et offrir à Mayotte un système éducatif digne d'un département français, en construisant de nouveaux établissements, en rénovant les plus anciens et en améliorant l'attractivité du territoire pour en finir avec cette situation.

La santé

L’hôpital de Mamoudzou, qui accueille la plus grande maternité de France, est complètement submergé. Les équipements sont clairement insuffisants et le manque de médecins est flagrant. Ils doivent pourtant faire face à des maladies inédites en France. Plusieurs personnes atteintes de la lèpre sont recensées sur l’ensemble du territoire qui dénombre 51 nouveaux cas en 2016. De plus, l’île vient d’enregistrer deux cas de tuberculose dans des établissements scolaires. L’un au collège de Dzoumogné, l’autre au lycée de Sada. Cette maladie, contagieuse et mortelle, se propage dans les milieux pauvres. Pour couronner le tout, à certains endroits, la qualité des eaux de baignade est insuffisante et des plages ont donc été fermées ; on retrouve dans les échantillons analysés des matières fécales. Les stations d’épuration sont quasi-inexistantes.

Le manque d'infrastructures

Outre le manque d'écoles et d’hôpitaux, c'est l'ensemble des infrastructures qui sont insuffisantes. Les routes sont peu nombreuses et mal entretenues. Il n'y a aucune 2x2 voies sur l'île et Mamoudzou connaît des embouteillages monstres. Les transports en communs sont inexistants, pour se déplacer il faut faire du stop ou prendre un taxi.

Le manque d'énergie est, lui aussi, problématique. Les pannes d'électricité sont fréquentes et les bâtiments officiels sont équipés de groupes électrogènes. Les énergies renouvelables sont quasiment absentes. Mais, plus graves encore, l'approvisionnement en eau pose problème. Les habitants de six communes du centre et sud de l'île – environ 70.000 personnes – ont subit des restrictions d'eau durant quatre mois. L'eau ne coulait qu'un jour sur trois et n'était pas potable. Cette situation, inédite pour un département français, n'est pas le seul fait de la sécheresse. Elle est la conséquence du manque de sérieux des responsables locaux et d'investissements insuffisants de la part de l’État.
Mayotte, morceau de France dans le canal du Mozambique, fait donc face à de nombreux défis. Elle ne peut les relever seule et l’État, qui a souhaité en faire un département, doit assumer pleinement son rôle et investir massivement afin de combler le retard de développement. L'attitude néo-coloniale doit définitivement cesser et le gouvernement de Macron, lequel prône le renouvellement, doit rapidement se mettre au travail pour offrir aux Mahorais ce qui leur est du, un traitement humain.

PAR DAMIEN GAUTREAU - ÉDITION : MÉMOIRES DU COLONIALISME
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