[ads-post]

© www.habarizacomores.com (Habari Za Comores)-
Cher président Azali,

Je m’appelle Mohamed Soilhat, originaire de Hetsa, un petit village situé dans le Hambou. J’ai 22 ans et je suis étudiante en psychologie à l’université de Nîmes. Je ne saurais vous dire depuis quand j’ai commencé à m’intéresser à la politique, je me demande d’ailleurs si c’est réellement un intérêt ou quelque chose qui vit naturellement en moi, en tout un chacun.

Aujourd’hui je vais être la voix des taiseux. Et la problématique que j’aborde guide mon regard vers vous car comme l’a souligné le philosophe français Jean Jacques Rousseau: «On n’en propose point de semblable quand on craint d’honorer la vérité».

L’avenir du pays dépend de celui des jeunes. Alors pensez y monsieur le président. Pensez tout d’abord aux jeunes. Ces jeunes qui ont vécu avant d’obtenir leur bac, qui ont vécu dans une précarité incomparable, au chevet du désespoir, qui ont passé nuits et jours à essayer de dénicher la douleur qui se cachait derrière la force de leurs pères, et à lire sous les larmes qui ruisselaient sur les joues de leur mères. Pensez à ces jeunes monsieur le président, qui, en dépit de cette misère, ont réussi à obtenir une licence, un master ou un doctorat. Mais pensez surtout à ces diplômes qui ne servent qu’à décorer le salon.

Monsieur le président, je ne voudrai pas savoir si vous vous êtes demandé un jour pourquoi les étudiants ne veulent plus rentrer aux Comores. C’est un sujet assez abordé, assez traité même si je ne sais pas où c’en est aujourd’hui.

Je parle au nom de tous les étudiants vivant à l’étranger. Avant de partir, on a tous des idées, des rêves, des projets pleins la tête. Et de toute grandeur, l’idée de servir le pays occupe une place prépondérante. Une fois ailleurs, ce n’est plus le cas. En tout cas pas pour certains. Sachez, cher président, que ce n’est ni l’influence du pays dans lequel nous poursuivons nos études, ni celle de nos parents, ni celle de notre entourage. C’est tout simplement cet esprit qui se réveille juste à partir du moment où l’on a pris l’avion.

Lorsqu’on part loin du pays, loin de la famille à l’espoir de revenir un jour, mais qu’en y pensant, on se rend compte que le retour ne servira à rien. Que les gens qui ont occupé les places importantes au moments où nous étions là seront soit les mêmes soit leurs enfants lorsque on y reviendra.

On est directement habité par l’idée de rester en France, y travailler, construire sa vie. Et à ce moment là, ce n’est pas le pays qui est dans l’esprit mais la famille. Mais si tout le monde arrive à ce stade, qui va changer les Comores monsieur le président?

Notons qu’il y a ceux qui ont la chance et le courage d’aller jusqu’au bac, et d’autres qui vont encore loin. Mais si on parlait un peu de ceux qui s’arrêtent en cours d’études ou ceux qui n’ont pas du tout connu l’école? Connaissez vous leur avenir cher président? Probablement, leur vie ne se résumera qu’à commettre l’irréparable, voler, tuer, violer, et finir le reste de leur vie en prison.

Cher président, parlant de prison, j’ai justement passé presque trois mois de vacances aux Comores pendant l’été 2015. j’ai donc effectué, un stage au service pénitencier de Moroni. J’ai passé des jours à discuter avec chacun des prisonniers (hommes et femmes, jeunes comme vieux), à essayer de comprendre ce qui leur a poussé à commettre tel ou tel acte, à savoir comment ils vivent en prison, et surtout si moralement ils tiennent encore parce que physiquement ce n’est même pas la peine de demander.

J’en ai vu de toutes sortes, des assassins, des voleurs, des violeurs, et j’en passe. La plupart d’entre eux m’ont expliqué détails par détails ce qu’ils ont commis pourquoi, comment et par quel moyen. Je vous avoue cher président que c’est très frustrant surtout pour une jeune étudiante comme moi qui n’avais jamais affronté ces genres de personnes auparavant. Mais j’avais l’impression que ça a été comme une révélation.

Trop de questions ont surgi et beaucoup trop de réponses, de franchise, et d’honnêteté. J’ai appris pas mal de choses, leur vie en prison en l’occurrence. Ce qu’ils mangent, l’endroit où ils dorment et comment ils dorment, les conflits entre eux-mêmes, entre eux et les employés du service, les provocations, les moqueries, les menaces mais surtout la maltraitance.

Je vous assure cher président que je leur ai porté mon aide. Et je suis persuadée qu’ils en avaient tellement besoin, pas forcément de moi, mais de gens comme moi et beaucoup d’autres bien sûr.

A chaque fois que je rentrais chez moi, je pleurais, j’y pensais énormément. Je pleurais pour ces prisonniers mais aussi pour les victimes en milieu carcéral. Aujourd’hui, j’y pense encore et je n’arrive pas à croire comment ces personnes peuvent être poussées à bout jusqu’à commettre certains actes et se retrouver à vivre une vie lamentable. Oui, très lamentable!

Certains diront qu’ils méritent de vivre ainsi. Mais avant d’avancer ces propos égoïstes, prenons juste un instant pour se demander pourquoi ont-ils fait ça et comment ont-ils pu le faire. Vous verrez monsieur le président que la réponse tournera toujours autour de cette jeunesse délaissée.


C‘était une expérience qui m’a beaucoup ouvert les yeux, qui m’a littéralement appris et qui m’a surtout donné encore l’envie de retourner aux Comores, mon pays. J’ai compris que le pays a besoin de nous, qui qu’on soit. Des psychologues, il n’y en a pas beaucoup aux Comores, c’est d’ailleurs l’une raisons pour lesquelles j’ai choisi cette filière et surtout pour lesquelles j’ai choisi de retourner l’exercer là-bas.

Cher président, voyez vous aujourd’hui encore, malgré cette expérience, j’ai peur d’y retourner et trouver que quelqu’un qui a une licence en droit ou un DUT en informatique exerce ce métier à ma place. Croyez-moi, je ne suis pas la seule.

Oui, président j’ai l’encre dans la bouche, j’aurai tellement aimé parlé de tout, libérer ces mots prisonniers de ma pensée mais je vais devoir m’arrêter là .

Cher président, je vous apporte tout mon soutien en vous demandant de croire en vous, en vos idées et surtout en nos rêves. Vous avez désormais toute la légitimité du peuple, personne ne peut vous l’enlever. il vous reste juste maintenant d’avoir de la volonté de changer et de marquer l’Histoire. Oui, vous le pouvez si vous le voulez monsieur Azali Assoumani. car «Tout n’est pas politique mais la politique s’intéresse à tout.» Machiavel.

Mohamed Soilhatétudiante en psychologie à l’université de Nîmes (France)
© www.habarizacomores.com (Habari Za Comores)
Si vous souhaitez publier un article sur Habarizacomores.com
CLIQUEZ ICI SVP!
HabarizaComores.com est un site d’échanges. Les commentaires doivent être conformes aux règles relatives à la publication de commentaires. En tout cas, on se réserve le droit de supprimer (voire bloquer le compte) tout commentaire qui ne répondrait pas à la charte du site.Merci de votre compréhension !
Charte d'utilisation
Catégorie (s) & Auteur :

Administrateur

{picture#https://lh6.googleusercontent.com/-tt-fPQLpGls/AAAAAAAAAAI/AAAAAAAA-kU/_QmMDncltFE/s120-c/photo.jpg} Administrateur et gestionnaire du site www.habarizacomores.com. {facebook#https://www.facebook.com/hakim.ahamedzoubeiri} {twitter#https://twitter.com/HabarizaComores} {google#https://plus.google.com/+HakimAHAMEDZOUBEIRI} {pinterest#YOUR_SOCIAL_PROFILE_URL} {youtube#https://www.youtube.com/user/mikah01} {instagram#http://www.linkedin.com/pub/hakim-ahamed-zoubeiri/3b/5b3/a32}

Formulaire de contact

Nom

E-mail *

Message *

Fourni par Blogger.