Insécurité, criminalité et délinquance à Mayotte : Le fils de Bamana accuse les comoriens des autres iles

Manifestation à Mayotte ©La 1ère « La loi du Talion contre l’impunité des criminels Quand la justice de la République devient crimino...

Manifestation à Mayotte ©La 1ère
« La loi du Talion contre l’impunité des criminels

Quand la justice de la République devient criminogène


Une énième manifestation contre la délinquance, la criminalité et l’insécurité se déroule aujourd’hui à Labattoir. Je salue le courage des personnes qui, en tout honneur, bravent le confinement, par centaines, pour dénoncer l’impunité dont jouissent des délinquants impubères transformés, progressivement, en criminels, orphelins d’une nation, l’Union des Comores, devenus, par la voie clandestine, pupilles de la République française, en vérité pupilles sans patrie, sans foi ni loi.

Cette manifestation a été convoquée, entre autres motifs judiciaires, en réponse aux provocations du procureur de la République, Camille Miansioni, résumées ici par une formule blessante : « On ne peut pas accepter, dans un pays civilisé, démocratique, qu’on se fasse justice soi-même ». Car nul n’est censé ignorer la loi, les manifestants, conscients de la mauvaise administration de la justice à Mayotte, répondent par une sentence qui déshonore l’autorité judiciaire : ‘‘L’injustice et l’impunité font appel à la loi du talion’’

Le chef du parquet de Mamoudzou a eu tort de considérer que les Mahorais sont des sauvages qu’il est urgent de civiliser, ce que suggère son propos sur un prétendu « décalage culturel » sur la perception de la justice, entre les Mahorais et les Métropolitains. Sans s’appesantir sur ce cliché raciste véhiculé par un procureur franco-africain qui prend la posture du « noir évolué », rappelons que Mayotte est française depuis 1841.

Les Mahorais ont choisi la France, démocratiquement, dès 1958, lors du référendum sur la constitution de la Vème République. La départementalisation émane d’une volonté populaire, civile et civique, en vertu du principe d’autodétermination, c’est-à-dire du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Ce choix librement exprimé a été maintes fois réaffirmée. Des consultations successives ont confirmé la volonté de vivre dans un Etat de droit, or, malheureusement, des décisions judiciaires successives bafouent les droits constitutionnels de la population en contribuant à entretenir un climat d’insécurité permanente dans l’île.

La rançon de l’impunité : « œil pour œil, dent pour dent ! »


Pourquoi le procureur Miansoni est-il devenu la bête noire des Mahorais ? Que lui reprochent les manifestants de Labattoir. Principalement le laxisme des autorités judiciaires dont il est le porte-parole. Le constat que dresse les membres du Collectif pour la défense des intérêts de Mayotte (Codim) – l’un des leaders est poursuivi par le procureur général pour diffamation, ce qui n’est pas neutre dans le contexte actuel - est le suivant.

Un tribunal qui relâche des criminels accusés d’avoir proféré des menaces de mort contre les policiers, autorise des récidivistes à commettre de nouveaux méfaits. Ces délinquants sont une menace pour Mayotte, ils doivent être placés en détention jusqu’à leur expulsion du territoire. L’impunité est une incitation à la terreur car ils agissent en bandes organisées. Déjà bien connus des services de police, ils agressent d’honnêtes citoyens, fomentent des guérillas urbaines, multiplient les vols avec violences, se tuent entre eux à coups de machettes, arrêtés et présentés devant les tribunaux, le juge des libertés et de la détention les relaxe aux dépens des victimes et de la sécurité publique. « Quand la justice n'arrive pas à arrêter les criminels qu'elle connaît, c'est que les criminels sont dans la justice », écrit un internaute.

Bref, les manifestants crient leur colère, leur exaspération, leur indignation, ils veulent une justice répressive, soucieuse de préserver les droits des victimes et la tranquillité sur l’ensemble du territoire.

Face à l’impunité croissante dont jouissent les criminels, les Mahorais sont de plus en plus tentés de se faire justice. Ils sont contraints par les magistrats à recourir à une vieille recette ayant fait ses preuves dans les sociétés antiques : la Loi du Talion. Son principe majeur repose sur la sanction du coupable au prorata du préjudice qu’il aura causé à autrui et qui se traduit par une formule très simple : « œil pour œil, dent pour dent ! ».

Loi du Talion suggère de rendre la pareille à son adversaire. C’est aussi une des plus anciennes formes de justice, apparue historiquement dans le Code d’Hammurabi. Elle donne le droit à une victime de se venger du crime qu’elle a subi en infligeant la même peine à l’assaillant. Cette loi peut sembler barbare à première vue mais elle constitue une amélioration par rapport à la vendetta classique puisque la victime ne peut pas infliger une peine supérieure à celle qu’elle a subi. En clair, si la victime se fait crever un œil, elle aura le droit de rendre borgne le coupable mais pas aveugle.

Préserver Mayotte d’une sauvagerie à la congolaise


Malgré l’exaspération de la population mahoraise, nous n’en sommes pas encore là. Les Mahorais n’ont pas encore basculé dans cette dernière extrémité, ils n’ont aucune envie de vivre des expériences traumatisantes à l’africaine. Aux Comores, les voleurs sont battus à mort, les violeurs mutilés, la charia autorise leur lapidation. A Madagascar il arrive fréquemment que des criminels soient lynchés et exposés sur la place publique. 

En République démocratique du Congo (RDC), la presse dénonce régulièrement des exactions barbares. Jugez par vous-même : « Ce que l’on vit déjà à Kinshasa et dans toutes les provinces du pays depuis plusieurs années vient de se reproduire : des compatriotes fâchés à la suite ce qui leur a paru comme la protection des tueurs de deux paisibles pères de famille n’y sont pas allés par quatre chemins pour lapider et brûler vif l’un d’eux. Des scènes de sévices du collier sont courantes dans la capitale comme dans d’autres villes et villages de la RDC ».

Les médias congolais ont une explication à cette barbarie : « Tout cela arrive à cause d’une justice à double vitesse et d’une police dont l’efficacité a souvent été mise en cause dans sa mission de protection des personnes et de leurs biens. Des millions de citoyens habitant les villes et les campagnes sont scandalisés de voir des inciviques armés distribuer gratuitement la mort parmi eux, sans qu’ils soient inquiétés le moins du monde ».

Ces inciviques sont des délinquants, des criminels, mais aussi, et bien souvent, des militaires ou des policiers. Ce que la presse décrit là-bas, n’a pas cours à Mayotte. Le procureur Camille Miansoni, originaire de la RDC, le sait parfaitement. Tout comme il a bien conscience que les rares caïds qui tombent dans les filets de la police et de la justice subissent rarement la rigueur de la loi.

La défiance : un signe de perversion de l’autorité judiciaire


La manifestation de Labattoir est légitime, ses organisateurs, membres du CODIM, veulent que l’Etat éradique les foyers de l’industrie du crime, nichés dans les bidonvilles. Que de fois n’a-t-on pas vu des malfaiteurs menacer leurs victimes ou les membres de leurs familles, quelques jours seulement après leur arrestation et parfois leur condamnation à des peines de prison ! Les résultats des enquêtes criminelles sont si décevants que le Mahorais n’y accorde plus le moindre crédit. Ils ont d’ailleurs renoncé à porter plainte, par lassitude, méfiance et défiance.

Les rodomontades du procureur Miansoni ne sont en fait qu’un aveu d’échec de l’institution judiciaire. On peut citer, en l’espèce, le cas encore frais dans les mémoires, du jeune comorien présenté par la police comme le chef du gang appelé « Brigade Anti-BAC », groupe de délinquants mineurs qui menacent la Brigade anticriminalité (BAC) de représailles. 

En dépit de la forte mobilisation des forces de sécurité, beaucoup de plaintes ne sont pas enregistrées, trop de dossiers traités par la police n’avancent pas. La volonté affichée par les autorités judiciaires dans la voie de l’éclatement de la vérité est contredite par les atermoiements observés dans la phase la plus cruciale, celle de l’enquête, de la gestion des indices et pièces à conviction, des suspects et des témoins à charge, etc.

Les fanfaronnades du procureur sont à la mesure de la perversion de l’autorité judiciaire. A Mayotte, le constat est sans appel, le parquet de Mamoudzou et le gouvernement se trouvent devant un terrible test de confiance. Si le ministère de la justice ne réussit pas à convaincre que ses fonctionnaires œuvrent pour la paix sociale, cela va avoir comme conséquence de pousser davantage des compatriotes à recourir à la Loi du Talion. Dans ce cas, le procureur de la République porterait la responsabilité de la sauvagerie. Comme au Congo, la justice populaire, dont le socle principal est de rendre le mal pour le mal, jusque dans le pire, risque de transformer l’environnement social mahorais en véritable jungle.

Pour ne pas en arriver là, il est plus que temps que les instances de régulation de la vie en société, notamment la police, la gendarmerie et l’appareil judiciaire, cessent de donner l’impression de servir d’instruments de protection des criminels. Les Mahorais ont besoin, pour être apaisés, d’une justice juste dans la traque des animateurs et profiteurs de l’industrie du crime. Sinon, l’île va basculer dans un cycle infernal ; les tueurs vont recevoir, comme réponse du tribunal populaire, une fin brutale et violente, châtiment de leurs crimes et délits.

Informé de ce qui se passe dans son pays d’origine, conscient qu’il est un rouage de « la justice des hommes, avec ses qualités et ses défauts », Camille Miansoni doit faire son examen de conscience, ce repentit commence par le fait de reconnaître qu’il est, à son poste de travail, le régisseur de l’impunité, à l’image d’un gouvernement cynique auquel il fait allégeance, qui instrumentalise la justice pour déstabiliser la société mahoraise.

Dans ses galéjades répétitives, le procureur déclare que son rôle est de « protéger la société avant tout ». De quelle société s’agit-il si ce n’est la société coloniale infâme, celle de l’abjecte mission civilisatrice, celle qui obéit à la raison d’Etat, qui réduit l’indépendance des magistrats à une simple expression, qui fonctionne à plusieurs vitesses, avec des moyens propices à la corruption, qui se satisfait des lois d’exception et applique des mesures dérogatoires au droit commun, au préjudice des victimes.

N’en déplaise au fan club du procureur, c’est cette justice criminogène par son laxisme que les manifestants de Labattoir honnissent et vomissent.

Bamana Zaïdou»

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