Délogement des manifestants à la préfecture de Mayotte: Un complot des gouvernements français et comorien selon Bamana

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Affaire Balahachi et évacuation du service de l’immigration: Une histoire de la brutalité policière

Délogement des mamans qui manifestent au service de l’immigration et l’affaire Balahachi : Quant l’Etat dévoile son visage violent à des citoyens qui réclament la protection de la Patrie, la solidarité de la Nation et la sécurité au sein de la République.

L’interpellation du syndicaliste Oussène Balahachi lors d’un banal contrôle d’identité a défrayé la chronique judiciaire la semaine dernière. Le procès intenté par les gendarmes contre le secrétaire départemental de la CFDT pour rébellion a également révélé des faits notables qui interrogent le fonctionnement de la justice à Mayotte.

A la barre, il y avait, d’une part, un bloc d’avocats blancs, métropolitains, pour défendre les représentants des forces de l’ordre impliqués dans l’altercation. De l’autre, une équipe d’avocats noirs, mahorais, pour assurer la défense du prévenu. Plusieurs versions rapportées par la presse et les réseaux sociaux, se sont aussi télescopées au tribunal, jetant un froid sur l’enquête menée semble-t-il à charge. 

Lors de l’audience, le Parquet de Mamoudzou, qui avait requis une peine sévère, a été désavoué par les magistrats qui ont jugé l’affaire. Le procès s’est soldé par une décision clémente ; alors que le procureur de la République réclamait un court séjour en prison, le placement en garde à vue à la Maison d’arrêt de Majicavo n’a pas été retenu par le juge des libertés et de la détention. Enfin, le verdict a réservé quelques surprises : le prévenu a été relaxé des principaux chefs d’inculpation : les accusations de « violences » et « rébellion » sur lesquelles le ministère public avait fondé les poursuites se sont révélées être de « fausses allégations ».

En définitive, dans ce dossier ficelé par une arrestation très musclée, aux allures d’une bavure filmée sur smartphone et diffusée en direct sur Internet, le procureur a montré un visage répressif cautionnant une violence « disproportionnée » par rapport à l’incident. Cette violence dénoncée par les avocats de la défense, les témoins de l’événement, les juges et les citoyens présents en masse au tribunal pour soutenir le leader syndical ne pouvaient la tolérer. Les réquisitions punitives « pour l’exemple », qualifiées en l’espèce d’abusives au sein du tribunal, rappellent les plus sombres épisodes de l’histoire de la brutalité policière à Mayotte.

Des épisodes antérieurs sanglants.

L’affaire Balahachi ne peut laisser l’analyste [next] indifférent, dans la mesure où l’intéressé a pris la résolution de porter plainte contre les gendarmes, présentés en l’occurrence comme des « agresseurs ». 

Le fait qu’une collaboratrice du parquet soit intervenue sur le dossier d’instruction, sans se soucier du conflit d’intérêt, alors qu’elle est la compagne d’un gendarme indexé, laisse d’ailleurs perplexe. Peut-être vaut-il mieux discuter de l’incident grossi énormément par l’institution judiciaire plutôt que de laisser planer l’étrange silence. Ce procès mérite débat, car la plainte du syndicaliste risque d’apporter de précieux enseignements aux politistes soucieux d’étudier le détail des politiques policières en acte.

A une époque reculée de l’histoire de Mayotte, la figure de l’ennemi de l’administration coloniale était celle du dissident politique, plongeant dans les racines profondes d’une culture révolutionnaire et insurrectionnelle, une réalité explicite et très présente parmi certains responsables de la justice et enseignants des techniques sans retenue du maintien de l’ordre (MO) dans les écoles de police et de gendarmerie. 

De ce point de vue, l’affaire Balahachi n’aurait été qu’un événement banal dans une série apparue sur un même terreau, tels notamment les épisodes antérieurs sanglants. 

Dans l’histoire contemporaine de Mayotte, celle de l’autonomie interne (1960-1975), période pendant laquelle la sécurité intérieure était une compétence dévolue au Conseil de gouvernement comorien, les militaires français, légionnaires et gendarmes métropolitains notamment, jouaient le rôle d’une force d’interposition et de dissuasion entre les belligérants, départementalistes du Mouvement populaire mahorais et indépendantistes. 

L’historien peut le prouver, au vu d’une identification rigoureuse des hommes aux commandes à l’époque lors des différents épisodes violents. Alain Dewerpe montre bien dans son ouvrage « Anthropologie historique d’un massacre d’Etat », que cadres et hauts fonctionnaires de police dirigeant l’ordre public anticipaient les décisions politiques au sujet de la gestion de l’ordre implicitement défendue par le pouvoir, par le biais d’habitus qui « pensent dans, par et pour l’institution ». 

Le système fonctionnait pareillement à Mayotte : juges, procureurs, commandants de police et de gendarmerie en première ligne ainsi que des chargés de mission occultes auprès de l’administrateur française formaient un encadrement cohérent, en accord avec la « manière forte ». Les commissaires chargés de la répression à l’époque étaient largement les mêmes, à savoir des promoteurs raisonnés de la violence policière ou des témoins consentants.

Réactiver le souvenir des violences d’Etat

A partir de la monographie très rigoureuse des événements qui se produisent à Mayotte dans les années 60 et 70, l’on perçoit une charge policière de la milice comorienne en réaction à des manifestations pacifiques contre l’arbitraire du gouvernement territorial, brutalités qui provoquèrent la mort de Zakia Madi et l’emprisonnement de nombreux manifestants. L’historien peut entreprendre d’élargir la focale bien au-delà, et de caractériser un phénomène rarement décrit dans toutes ses composantes. L’Etat, même en démocratie, peut toujours exercer une violence nue sur les citoyens, et participer activement à la falsification de la mémoire d’un passage à l’acte traumatique peu reluisant.

A l’historien revient alors le soin de rétablir la [next] chronique de ces « faits sociaux », en assemblant toutes les pièces du puzzle des événements, restées encore trop éparpillées un demi-siècle plus tard. A l’évidence, la répression des manifestations du MPM dont des militants furent victimes, relèvent de ce qu’on appelle une « violence d’Etat », car tous les éléments sont rigoureusement agencés pour en fonder l’intime conviction. 

Ainsi, l’affaire Balahachi évoque le scandale civique attaché à l’événement, tentant de répondre à la question de savoir pourquoi les versions mensongères de l’Etat ont perduré jusqu’à aujourd’hui, au point de rendre impossible un récit consensuel de l’événement. Le procès du syndicaliste ressort d’une problématique émergente au sein du champ de la socio-histoire du politique dédiée aux récits des affaires, scandales et autres grandes causes mobilisatrices. 

Le procès a frappé par sa ferveur l’imaginaire populaire bien plus puissamment que les événements des années 70, dans la mesure où Mayotte est aujourd’hui un département français. Ce contexte de droit commun invite à méditer sur les usages politiques et sociaux du deuil entrepris par les Mahorais pour oublier ou réactiver périodiquement le souvenir des tragédies du passé. De la même manière, la conscience des actes de brutalité policière montre les vagues des conduites sociales thérapeutiques ayant activé ou prohibé, aux échelons national ou local, le besoin du souvenir, de l’amnésie ou de l’oubli, les censures et le sens des commémorations, les réparations ou les amnisties de l’événement. 

La mémoire populaire retiendra que l’évacuation ce matin, manu militari, des mamans qui manifestent depuis deux mois devant le service de l’immigration constitue un cas flagrant de violences d’Etat, violences que le gouvernement remet au goût du jour, à dessein de relancer sa politique diplomatique de rapprochement de Mayotte avec l’Union des Comores, cela au moment même où la communauté internationale, à l’exception notable du président de la République française Emmanuel Macron, condamne fermement la dérive dictatoriale du régime autocratique du président comorien Azali Assoumani.

Par Zaidou Bamana
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