Il doit être le Président le plus ciblé par les rumeurs et les fuites de documents officiels. Pas un jour sans que ne fuite une information...
Il doit être le Président le plus ciblé par les rumeurs et les fuites de documents officiels. Pas un jour sans que ne fuite une information ou ne naisse une rumeur. Depuis deux jours, une rumeur a envahi le net et la rue comorienne, insinuant que le Président Azali aurait été évacué d'urgence et serait atteint d'une maladie grave.
C'est le plus grand mal de notre époque. Les rumeurs et les fausses informations n'ont jamais été aussi présentes dans nos vies : « Hari, Hari...». L'utilisation massive des réseaux sociaux n'arrange rien à cela, chacun pouvant manipuler la vérité comme il l'entend et bien évidemment sans preuve pour étayer son propos.
Nous nous contentons de « de source sure », « il parait »...
Quant à la rumeur donnant le Président presque mort, il ne s'agissait que de cela, une rumeur. Pas de preuves, le soupçon a suffit. Les infos relayées par les médias étrangers et guinéens notamment, n'y feront rien. Que n'aurait-on pas dit si les images que nous avons vues avaient été envoyées par des sources officielles comoriennes ?
La rumeur est là, lancinante et prend en otage l'opinion comorienne : «cette vidéo date de l'année dernière », « il a beau être en Guinée, il est malade », « il va mourir »...
On a vite compris qu'il s'agissait d'une fake news. Mais pourquoi y accorde-t-on autant d'importance? Pourquoi n'accepte-t-on pas qu'il s'agit de mensonges malgré la vérité exposée ? Le goût du sang sans doute. Le goût de la déchéance des puissants sûrement.
La malhonnêteté et la méchanceté gratuite surtout. Au tribunal du Web, la charge de la preuve appartient à celui est accusé, c'est lui qui doit fournir les preuves de son innocence et non l'inverse. A l'accusation, il ne suffit que de parler, que d'insinuer. Alors quelle est la solution lorsqu'on voit qu'en France et aux USA notamment, les fake news font parti du paysage politique, à tel point que le Président français envisage une loi pour les sanctionner.
Aux Comores, il s'agit de responsabiliser ceux qui informent. Se rendre compte que donner une info engage celui qui la transmet. Penser aux conséquences que cela peut avoir sur une famille, sur la vie de quelqu'un...
Tout le monde s'accorde à condamner les dérives des réseaux sociaux et des blogs notamment sur les jeunes femmes et les jeunes hommes de notre pays, mais personne n'y apporte de solutions. Comme si, nous avions là aussi, baissé les bras. Il est temps que nous nous saisissions de ce débat sur les fake news pour emmener le débat encore plus loin : sommes-nous autorisés à tout dire sous couvert de liberté d'expression ? Je ne le crois pas. Comme tout il faut un cadre et une limite.
En France Macron envisage une loi, mais aux Comores si loi il y a, qui décidera si une info est fausse ou vraie ? Il n'est pas question de se faire confisquer notre parole par un organisme ou une autorité quelconque.
Enfin, admettons que nous confions cette question aux juges, quelle serait leur légitimité quand on sait l'état de la justice aux Comores ? Aucune. Les médias classiques ont perdu le monopole du mensonge (et de la vérité), ce qui en soi est une victoire du peuple et une démocratisation de la parole. Mais faisons en sorte que cette démocratie ne se transforme pas en anarchie.
Le débat est ouvert... A vos claviers citoyens ! Par Mohamed Ahmed Bacar