Vers la fin du 18ème et début du 19ème siècle, la production de matières premières à bon marché était une nécessité pour les nouveaux Etats...
Vers la fin du 18ème et début du 19ème siècle, la production de matières premières à bon marché était une nécessité pour les nouveaux Etats Européens.
Les colonies ont donc été maintenues dans la soumission, condition préalable à la modernisation et au processus d'industrialisation de l’Europe. Cette hégémonie impériale a usurpé les fondements politiques et économiques de la population du continent. En dépit de signes positifs récents de croissance, l'Afrique est aujourd'hui encore le continent le plus pauvre du monde. Le VIH/SIDA et d'autres maladies évitables ravagent les populations. La corruption institutionnelle, les guerres et les conflits (Congo RDC, Somalie, Centre Afrique, Mali, Sud Soudan…) font rage. Les conditions ci-dessus sont un terrain fertile pour l'émergence du terrorisme, non pas comme une affirmation d'une position idéologique, mais comme une forme de résistance au statu quo, et un mécanisme d'adaptation pour un peuple dépossédé de leurs racines et de leurs valeurs.
Le manque d'opportunités et la discrimination étaient une composante importante de l'expérience coloniale. Certains Africains ne pouvaient pas faire face à cette expérience. Des groupes se sont donc formés pour s’opposer aux pratiques et politiques coloniales discriminatoires, qui limitaient les possibilités politiques et économiques des masses.
Vers la fin des années 1940 et début 1950, les colonies d’Afrique sud saharienne avaient des partis et mouvements politiques non élitistes. Ces derniers dépendaient du soutien populaire pour survivre et être efficace. Ils ont continué à plaider en faveur de la fin de la domination coloniale. Des exemples de tels mouvements incluent les MAUMAU au Kenya, l'UNITA en Angola, la ZANU et ZAPU au Zimbabwe, le FRELIMO au Mozambique, la SWAPO en Namibie, et le MOLINACO et PASOCO aux Comores. Dans les cinq premiers pays précités, ces mouvements de résistance ont mené des activités telles que des raids sur les fermes des colons européens et instillé la peur dans la population. Ceci a amplifié l'émergence de la criminalité sociale comme une forme de résistance.
Dans certains pays comme le Zimbabwe, les travailleurs refusant de reconnaître la légitimité des lois de propriété coloniale ont vu le vol de matières premières des industries et le sabotage des machines. C'est probablement ce qui a jeté les bases pour le chaos actuel des ressources volés et de la corruption qui règne dans de nombreux services civils et publics sud saharien.
Conflits post coloniaux
La criminalité, le banditisme et la résistance sociale se sont intensifiés dans la période postcoloniale et se poursuit aujourd'hui encore dans presque toute l'Afrique sud saharienne où des groupes de résistance se battent pour renverser les dirigeants dictatoriaux. Au sein de la plupart de ces groupes, la distinction entre lutte politique et criminalité est quasi inexistante. En Ouganda, Alice Lakwena (1988) et Joseph Kony (qui court depuis plus de 20 ans) et en Centre Afrique aujourd’hui avec le Seleka sont des exemples de ces groupes qui ont prétendu se combattre pour le pouvoir politique, alors qu’en même temps ils commettent des atrocités contre la population. En l'absence de gouvernements démocratiques en Afrique sud saharienne, beaucoup ont cherché la participation à des gangs et des organisations criminelles rebelles (M23 en RDC, Seleka et Anti balaka en Centre Afrique, Mojao et autres au Mali…) afin de modifier le statu quo. Cette participation a constitué le contexte sud saharien de «terrorisme».
Le capitalisme et l'exclusion sociale.
La forte croissance du secteur de l'emploi en Afrique sud -saharien est néanmoins à bas salaires et à temps partiel. Il s’agit souvent de travail temporaire aussi. Ces emplois ne sont toutefois pas un moyen d'échapper à la pauvreté. Ils sont aussi menacés par l’arrivée et le remplacement des ouvriers par des machines, l’industrialisation du continent étant en parfaite développement. La montée continue de l’exclusion de la politique de la classe ouvrière et des sans emploi en raison de l'absence d'institutions démocratiques crédibles a alimenté la corruption, les conflits et les agressions. Les systèmes politiques sont criblés de fraude électorale, car les masses exclues essaient de lutter pour s’intégrer dans le développement social, économique et politique.
Le démantèlement du bien être
Afin de maitriser les masses mécontentes, de nombreux États d'Afrique Sud saharien ont remplacé la politique sociale à la sécurité et à la gestion des risques, et sont à leur tour devenus trop autoritaires. Les dépenses de l'Etat relèvent principalement du maintien de la loi et de l'ordre, de la surveillance secrète des citoyens et du confinement de la population carcérale toujours en hausse partout en Afrique. Une grande partie de la population africaine ne connait pas la notion de bien-être social. L’incertitude est en augmentation et les citoyens sont laissés à lutter pour leur survie personnelle.
Si le terrorisme à l'ouest a été alimenté par des idéologies politiques et religieuses strictes, je crois fort que le «terrorisme» en Afrique sud saharien est apparu officiellement comme une résistance à la domination coloniale, et plus récemment, en réponse à des conditions sociales, politiques et économiques difficiles. En l'absence d'institutions démocratiques viables, joindre des groupes subversifs peut toujours être considéré par certains, comme le seul moyen d'accéder au pouvoir politique. Après tout on sème la pagaille, des conférences nationales sont organisées, et on revient sur table pour se partager des postes (dans des gouvernements de transition d’abord) et d’autres avantages… Ce jeu est très courant en Afrique francophone.
Un atelier sur la prévention et la lutte contre le terrorisme vient de se tenir à Moroni. Jusqu’alors nous avons été à l’abri des actes terroristes que connaissent les autres pays mais si ce rythme de corruption, gabegie des biens publics et d’injustice continue, alors nous seront exposés à ce danger d’ici peu. La solution au terrorisme en Afrique sud saharien ne relève pas de mesures de contrôle réactives par les agences de sécurité. La solution se trouve, entre autres, sur la participation active et équitable des masses populaires dans les processus économiques et politiques de leurs nations respectives.
Par Adinani Toahert Ahamada