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© www.habarizacomores.com (Habari Za Comores)-
Née aux Îles Comores, Marie Ahamada a très tôt développé un self-defense, marquant son engagement au profit des plus vulnérables. Elle fera ses études supérieures au Canada où elle obtiendra, entre autres, un Master en Analyses des Politiques à l’Université Laval à Québec. Son engagement en faveur de l’émancipation des femmes instruites prend corps avec son militantisme au sein des Organisations de défense des droits des femmes dont l’Association des Femmes Immigrantes en Outaouais. La Comoro-Canadienne s’investira résolument pour cette cause à partir du moment où elle a dû choisir sa famille à son emploi pour aller vivre en Afrique. Découverte d’une philanthrope hors pair.

Magazine InAfrik : D’où sont parties vos actions de sensibilisation en faveur des femmes instruites ?

Marie Ahamada : À mon retour en Afrique, je me suis retrouvée en Éthiopie, la capitale Africaine où se retrouvent une concentration du monde diplomatique suite à la présence de l’Union Africaine et bon nombre d’organisations internationales. À ma plus grande surprise et dû aux accords de siège, la plupart des époux et épouses de diplomates se sont retrouvés sans grand-chose à faire car n’ayant pas le droit de travailler, ni de faire du bénévolat. Je faisais partie de celles-là car j’ai laissé mon travail à la fonction publique du Canada pour suivre ma famille car mon mari a eu un poste en Éthiopie. Des Îles Comores au Canada, du Canada en Éthiopie et de l’Éthiopie au Niger, itinéraire d’une mère hypothéquant sa profession pour sa famille.

Loin d’être la seule, la majorité des femmes se retrouvent dans cette situation très dure. Après 13 ans de “Come-back” en Afrique, j’ai vécu de près les inquiétudes des femmes intellectuelles Africaines. En tant que passionnée de la condition féminine et des jeunes dans le cadre du développement durable, je ne me suis pas empêchée de commencer à écrire pour encourager mes semblables à participer à l’essor du développement durable des pays Africains. En ce sens, je suis un pur produit de l’émancipation des femmes Québécoises. La question qu’elles se posent chaque jour est de savoir pourquoi l’Afrique se prive de la participation des femmes instruites aux efforts de développement alors que les besoins sont là ?

Plusieurs des femmes ont essayé d’utiliser des méthodes créatives pour être utiles et partager leurs expertises. Mais hélas, il n’y a pas des mécanismes d’aide pour ces femmes souvent trop qualifiées. Il faut dire que j’ai rédigé mon essai de Maîtrise à l’Université Laval sur “la Représentation des femmes au Parlement, en se basant sur une étude quantitative couvrant 145 pays à travers le monde”.

Comment les pays Africains vont soutenir le genre et l’autonomisation des femmes s’ils oublient cette catégorie des femmes ? Il ne sera donc pas rare que vous puissiez me rencontrer sur les réseaux sociaux où je n’hésite pas à profiter des questions du public pour soutenir devant des milliers de personnes le sort des femmes instruites. Je suis résolument “ la cause des personnes démunies“, que je résume en ceci :
quand je vois quelque chose de mal et qu’on me demande ou non mon opinion, j’ai tendance à vouloir protéger les personnes qui sont dans le besoin.
Généralement, une épouse sur ce continent Africain doit faire un choix draconien entre sa carrière et celle de son mari. Elle a peur d’être jugée si la vie de couple tourne mal, ce qui l’empêche d’avancer pour participer aux efforts de développement durable.

Quelle a été votre motivation dans ce combat ?

Ma motivation est d’amener les femmes à comprendre qu’elles ont des talents et des qualités pour contribuer au développement leurs pays. Les femmes peuvent contribuer au développement tout en assumant aussi de lourdes responsabilités familiales. Je cherche à motiver ces femmes et tirer le meilleur parti d’elles-mêmes. Il est vrai que ça n’est pas chose facile de concilier vie familiale et professionnelle, j’en sais quelque chose pour avoir combiné les deux pendant plusieurs années. Cette combinaison peut amener à des situations de tension continue au sein de la famille.

Beaucoup de femmes se trouvent dans l’obligation de faire des choix cornéliens : famille ou carrière professionnelle. Lorsque c’est le cas, elles se retrouvent découragées. Voilà ce qui me pousse à partager avec les autres femmes des réflexions sur le sujet. J’aime entraîner avec moi un grand nombre des femmes, animer des discussions sur les rencontres et les réseaux sociaux, et aux femmes de devoir décider de leur sort elles-mêmes. Il y a toutefois une certaine forme de contradiction. D’un côté, la femme africaine au foyer qui est instruite a l’impression qu’elle ne pourra s’épanouir que si elle entre sur le marché du travail et y occupe un poste.

De l’autre côté, la femme qui est sur le marché du travail a du mal à concilier la vie familiale et celle professionnelle et fait souvent l’objet des critiques acerbes de la part de la famille et des proches. Très peu de femmes sont parvenues à un équilibre sur le sujet. Il est nécessaire de partager avec toutes les femmes quelques idées sur le sujet afin de les aider à découvrir les talents et les qualités en elles et leur donner la chance de contribuer au développement durable de leurs pays respectifs, si elles le désirent.

Ne serait-il pas pertinent de créer un creuset pour mieux défendre vos idées ?

La sensibilisation à travers les réseaux sociaux est présentement le medium que j’utilise car les femmes auxquelles je m’adresse se trouvent dans tous les pays africains. C’est la meilleure façon que j’ai trouvée jusqu’à présent pour atteindre non seulement ces femmes mais aussi les autres couches de la population. Les réseaux sociaux nous offrent cette opportunité unique de rallier plus de monde et encourager les femmes par nos discussions et nos écrits, à s’ouvrir, à gagner du terrain, à s’insérer dans les discussions mondiales sur le sujet, et à s’impliquer dans les enjeux de développement. Je pense qu’il faut réfléchir sur les problèmes et les défis auxquels font face les femmes d’une façon beaucoup plus large, affirmer leurs capacités et leurs valeurs, où qu’elles soient et quelque soient leurs conditions de vie.

Si je me réfère au fait que dans plusieurs pays occidentaux les organismes sociaux sont financés et œuvrent pour encourager la participation des femmes au développement durable, cela est très peu le cas en Afrique, à part dans les discours officiels. La réalité est qu’en Occident les femmes sont encouragées en ce sens et accompagnées par des politiques gouvernementales. En dehors de l’utilisation des réseaux sociaux, il peut être envisageable de mettre en place un Regroupement de femmes dans chaque pays en Afrique pour identifier et s’attaquer aux défis auxquels elles font face pour atteindre la stabilité familiale et professionnelle et les aider à réaliser leur plein potentiel au service d’un développement durable.

Combien de femmes sont impactées à travers vos réflexions ?

Je ne saurais avec exactitude vous dire combien de personnes bénéficient de mes réflexions. Toutefois, il importe de signaler que lorsque j’étais encore à Addis Abeba, j’ai eu l’occasion de tisser des liens avec plusieurs femmes qui accompagnaient leurs maris en poste dans cette capitale politique. Vu les accords de siège qui, à l’époque (2005-2013), ne permettaient pas aux époux et épouses de travailler même sous forme bénévole, les femmes s’organisaient souvent pour se rencontrer dans des cercles familiaux et en dehors pour entreprendre des discussions et j’en faisais partie. La majorité d’entre elles sont des femmes instruites et qui ont travaillé dans des métiers aussi variés que la médecine, l’ingénierie, les sciences sociales, économiques etc. Le réseau créé a survécu même après les affectations des époux dans d’autres pays. Je continue donc à partager mes réflexions avec réseau en plus de mon audience à travers les réseaux sociaux.

Comment mesurez-vous alors l’incidence de vos actions sur ces femmes ?

Mes initiatives portent des fruits car je reçois des témoignages des personnes qui se sont prises en main et qui ont mis à la disposition de la société leurs talents. C’est le cas de jeunes filles que j’ai eu à encourager pour qu’elles ne lâchent pas et puissent obtenir leurs baccalauréats dans des domaines non traditionnels. Je les ai encouragés à ne pas s’arrêter en chemin. Elles m’écrivent et me remercient quelques années plus tard même si au début elles prenaient ça pour ressassements habituels de tout parent. Aux femmes plus mures, je porte l’oreille attentive lorsqu’elles m’exposent leurs problèmes (même celles qui sont sur le marché du travail car les défis sont toujours présents même pour celles qui sont dirigeantes). Les messages passent et permettent à ces femmes de pallier les défis auxquels elles font face.

Quelles sont vos propositions pour faire travailler les femmes intellectuelles et les rendre complémentaires à leurs époux ?

De prime à bord, il est question d’encourager les femmes, de sensibiliser les décideurs des pays africains et les organismes internationaux afin de recenser les femmes instruites qui ne sont pas sur le marché du travail. Il est opportun d’évoquer le fait que ces femmes peuvent contribuer au développement durable par leurs qualifications. Et davantage, il est triste et gênant de ressasser le manque de compétences à travers le continent alors qu’une bonne frange de la population, notamment ces femmes qualifiées, n’a pas l’opportunité de contribuer au développement de leurs pays respectifs. Parmi les propositions, on peut retenir les suivantes :
  • Une sensibilisation des autorités compétentes sur l’existence de ces femmes qui sont instruites, ont de l’expérience mais sont coincées dans les méandres de la vie familiale. En ce sens, il faut beaucoup de plaidoyers pour que les employeurs puissent avoir des politiques d’absorption de cette catégorie de la population. Pour cela, il faut les connaître et c’est là le travail des instances gouvernementales pour les recenser.
  • Reconnaître le travail domestique non rémunéré mais qui contribue à assurer l’équilibre familial, socle de toute société. Des enquêtes sur l’emploi du temps peuvent permettre de mesurer l’ampleur de ce travail et voir dans quelle mesure il serait reconnu.
  • Les femmes qui occupent les postes de responsabilité devraient être en première ligne de la politique de la parité au sein des organisations qu’elles dirigent. Cela n’est toujours pas le cas et d’aucuns seraient surpris de voir des femmes avec des postes de responsabilité écarter même les autres femmes.
  • Sensibiliser les époux et les familles pour donner la marge de manœuvre nécessaire aux femmes instruites de faire valoir leurs compétences en contribuant au développement du pays et en évitant de les confiner aux tâches familiales sous peine d’être critiquées.
  • Faire une bonne utilisation de la masse de femmes déjà instruites en même temps que l’on met en place des politiques d’enrôlement des femmes dans le système d’enseignement. Ceci permettra d’éviter de se retrouver dans une situation où l’on forme les femmes et on ne les utilise pas sur le marché du travail. Souvent, les femmes instruites rencontrent leurs maris à l’école et étudient dans les mêmes domaines que ces derniers, domaines dans lesquels nos pays africains ont besoin de main d’œuvre.
Pour terminer, je voudrais insister sur le fait que mes réflexions portent sur la sensibilisation et l’ouverture des débats pour conscientiser les décideurs, leurs époux, leurs entourages afin d’adopter un comportement susceptible de favoriser la contribution des femmes aux efforts de développement même sur une base volontaire. Il ne s’agit pas d’un travail que l’on doit laisser entre les mains des ONG comme c’est généralement le cas de nos jours. C’est le travail de tout le monde : époux, famille, entourage, décideurs etc. car on ne peut se passer de la moitié de la population et prétendre aller vers un développement inclusif et durable.

Redacteur du magazine InAfrik
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