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© www.habarizacomores.com (Habari Za Comores)-
Voilà presque 4 ans que je vis à Mayotte. Je m'apprête à en partir et je ressens aujourd'hui le besoin de dresser le bilan. Non pas pour la postérité ni pour donner une leçon de morale, ce serait bien trop prétentieux et malvenu. Mais peut-être plutôt pour retrouver mon honnêteté intellectuelle. Pour dépasser un cas de conscience. Le fait de partir m'a enfin permis d'ouvrir les yeux sur ce qu'il se passe ici. La grève générale qui paralyse l'île actuellement y est aussi certainement pour quelque chose, il faut bien le dire.
Un jeune homme tabassé par des villageois

Sur "l'île aux parfums" ça sent encore la merde. Les poubelles dégueulent, ça grouille de rats, les étals des supermarchés sont encore vides et il n'y a toujours pas d'essence dans les stations. Et puis surtout la chasse aux étrangers continue dans l'indifférence générale. Des affiches mentionnant le nom des "traîtres mahorais" qui aident les clandestins sont toujours placardées sur les murs en face de chez moi et des maisons d'Anjouanais brûlent encore au nord et au sud de l'ile... On étouffe littéralement. On reste calfeutrés chez nous à compter nos dernières boîtes de conserve.

Mais la sortie de crise est peut-être pour bientôt car les négociations ont enfin repris depuis trois jours. Certains sont tellement excédés qu'ils s'organisent en ce moment même pour aller se confronter aux grévistes qui tiennent les barrages routiers, parce qu'ils n'en peuvent plus de ne pas pouvoir circuler. J'apprends à l'instant qu'un homme vient de foncer sur des "barragistes" avec sa voiture. Malgré tout, l'intersyndicale et le collectif de Mayotte tiennent bon. Ils ne veulent rien lâcher car ils n'ont toujours pas obtenu ce qu'ils réclament. Ce qui est sûr, c'est que la population de Mayotte est à bout de nerfs et complètement divisée.

Il y a 4 ans, comme beaucoup de jeunes profs, deux possibilités s'offraient à moi : la grisaille de la banlieue parisienne ou l'exotisme des DOM (Mayotte ou la Guyane). Avec ma conjointe on n'a pas hésité et on s'est laissé tenter par les tropiques. On a choisi Mayotte, le nouveau département français.

Cette petite île méconnue - qu'on avait nous-mêmes du mal à placer sur une carte - d'un peu plus de 200 000 habitants dans l'Archipel des Comores. Très vite, avant notre départ, on se renseigne un peu et on se rend vite compte que cet endroit n'est pas le paradis. Je me souviens de ce titre lu dans la presse et qui m'avait alors interloqué : "Mayotte, un département au rabais"... Mais on se dit qu'après tout ce sera toujours mieux que la banlieue parisienne.

Une fois sur place, on découvre un endroit fantastique ! Pourquoi ce discours aussi sombre sur Mayotte ?! C'est est un grand terrain de jeu ! ... Les rencontres sont faciles, on se fait plein d'amis, on s'éclate à faire la fête à Mamoudzou et le lagon tient ses promesses, il est vraiment d'une beauté exceptionnelle. Les élèves sont d'une gentillesse incroyable et mon salaire à 4000 euros est inespéré ! Sans parler des voyages à "Mada" en perspective... Bref, la vie est belle, on a tous les jours l'impression d'être en vacances ou de vivre une aventure. Que demander de plus ? ...Ah oui, on voit bien qu'il y a beaucoup de pauvreté, des bidonvilles, des enfants en loques qui trainent par-ci par-là. Mais bon, on se dit qu'on est en Afrique, que ce n'est pas vraiment la France ici et puis de toute manière qu'est-ce qu'on y peut nous, hein ?

Puis ensuite, au fil des mois, surviennent les premiers traquas de la vie quotidienne qui sont propres à cette île : ça commence par un cambriolage, puis deux... Pour l'un d'entre eux, les voleurs se sont même attaqués au mur pour rentrer. Balèse. Et ça devient vite fatigant de vivre dans des maisons avec des barreaux partout et des doubles-portes dignes de cellules de prison. Des amis se font agresser. On a peur de sortir le soir ou de faire des randonnées.

On se rend également compte qu'il ne faut pas avoir de pépins de santé ici vu l'état de siège autour de l'hôpital... Que les missions de l'Education nationale ne sont pas pleinement remplies vu le nombre d'élèves analphabètes dans nos classes. Que c'est glauque de croiser ces camions de l'armée où s'entassent comme des animaux les clandestins qui viennent de se faire attraper.

Certains se laissent aller à des refléxions aux relents racistes sans même s'en rendre compte. Entre mzungus, on entend dire que les gens d'ici doivent "se bouger pour leur île", que "leurs élus sont tous des incapables", que "les bouénis sont d'une lenteur exaspérante", ou encore que "les Mahorais sont vraiment stupides de rejeter les autres Comoriens car ils sont comme "eux" et qu'ils profitent de leur misère pour les exploiter sur leurs chantiers ou dans leurs champs"... Au final, on se mélange peu avec la population locale, mis à part au travail et avec les quelques amis d'exception (ceux qui sont bien "métropolisés" de surcroît !).

Quelques mois après notre installation, la vie n'est plus aussi rose malheureusement. Le turnover des métropolitains est très rapide. Quelques-uns s'installent vraiment mais la majorité admet que ce n'est pas envisageable de faire sa vie ici.

[...]

Je quitte Mayotte, cette île magnifique et si attachante malgré tout. Je la quitte, comme tant d'autres, avec un goût amer. Avec un goût d'inachevé. Triste d'en conclure que c'est bel et bien un département au rabais. Certains me diront que c'est facile d'écrire ces lignes vu mon statut et quand on est sur le départ... et ils auront sans aucun doute raison.

Extrait d'un texte de JEAN LOUIS GRASSO ©Agoravox
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