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LA SITUATION POLITIQUE QUI PRÉVAUT AUX COMORES :

Me Moudjahidi Abdoulbastoi est l’un des jeunes pousses du barreau de Moroni. L’homme est connu pour n’avoir pas sa langue dans sa poche. En tout cas, il exprime ses idées sans fioritures ni faux semblant. Dans l’interview qui suit, il a accepté de s’exprimer sur la situation politique aux Comores et notamment sur des sujets relatifs aux piétinements des droits de l’Homme dans l’archipel de l’océan Indien. Interview…

COMORESSENTIEL: Le 18 février dernier, dans une vidéo postée sur facebook, vous avez exprimé votre exaspération par rapport aux violations répétées des droits de l’Homme aux Comores. Vous avez décrit un climat politique délétère dans l’archipel. Ainsi, vous avez menacé de saisir des Ong de défense des droits de l’Homme afin de les alerter sur la situation aux Comores. Pouvez vous nous dire plus ?

ME MOUDJAHIDI ABDOULBASTOI : Les Comores traversent actuellement les moments les plus sombres de leur Histoire, après la période des mercenaires. L’État des droit est bafoué, avec la mise hors-jeu de la Cour constitutionnelle, de la Commission nationale de prévention et de lutte contre la corruption et de la Commission nationale des droits de l’Homme et des libertés. Pour ce qui est se la gestion des entreprises publiques, le tableau est encore plus noir. Avec la suppression des conseils d’administration de ces entreprises, l’exécutif s’immisce délibérément et illégalement dans le fonctionnement de ces établissements.

Pour ce qui est de nos libertés fondamentales, ce régime a érigé en crédo la violation de nos libertés individuelles. Les chiites sont ouvertement persécutés et une chasse aux sorciers est engagée contre cette minorité. Le President Azali a tenu dernièrement des propos contre les chiites qui n’ont d’égal que ceux tenus par Hitler contre les juifs lors de la seconde guerre mondiale. Aujourd’hui, organiser une réunion, que ce soit dans l’espace public ou dans un lieu privé, sans l’autorisation du régime en place est interdit. La presse est muselée. Deux organes de presse ont reçu des menaces de la part du régime. Un troisième a été fermé de force, et le matériel confisqué illégalement sur ordre du régime. Circuler librement devient de plus en plus difficile. 

Pour empêcher les gens de se rassembler, le ministre de l’intérieur va jusqu’à imposer un couvre-feu et à interdire la circulation libre entre les îles.

Dans ces conditions, j’ai décidé de saisir les instances internationales qui s’occupent de la défense des droits de l’Homme (Rapporteurs spéciaux du Conseil des droits de l’Homme, le Haut-Commissariat aux droits de l’Homme), ainsi que les ONG de défense des droits de l’Homme (Human Right Watch, Amnesty international et FIDH). On va pas se taire et se laisser terrasser par des gens sans foi ni conscience et qui sont au service du mal et de leurs intérêts personnels.

COMORESSENTIEL : Vous êtes seul dans ce combat ou vous avez d’autres amis derrière ? Qu’est-ce que vous avez pu faire pour le moment dans cette démarche ?

ME MOUDJAHIDI ABDOULBASTOI : Je ne suis pas seul dans ce combat. C’est le combat de tout citoyen comorien, conscient que ce pays ne peut être sauvé que par ses enfants eux-mêmes. Rester silencieux face à un régime tyrannique revient à se positionner comme complice des violations de nos lois et de nos libertés qui ont fait de nous des citoyens libres.

Pour le moment, nous avons saisi le Rapporteur spécial des NU pour la promotion et le protection du droit à la liberté d’opinion et d’expression pour dénoncer le harcèlement dont est victime le journaliste Abdallah Abdou Hassane, ainsi que la fermeture et la saisine illégale du matériel de la radio La Baraka FM. Une action en justice est également envisagé dans ce sens.

COMORESSENTIEL : D’une manière générale pouvez vous nous décrire le climat politique qui prévaut actuellement dans l’archipel où on sait que l’opposition a du mal à s’exprimer ?

ME MOUDJAHIDI ABDOULBASTOI : C’est un climat de terreur. Quand l’opposition n’est pas libre de s’exprimer et quand elle est empêchée de se réunir, cela s’appelle une dictature. Nous sommes revenus aux années 1980. C’est du Azali I en pire.
Ils croient pouvoir se maintenir au pouvoir en matant toutes les forces politiques dissidentes. Ce qu’ils n’ont pas compris c’est que l’oppression renforce l’opposition.

COMORESSENTIEL : Que disent les citoyens lambda dans tout cela ?

ME MOUDJAHIDI ABDOULBASTOI : La réaction du citoyen lambda est de se redresser contre la dictature de la pensée unique.

Je me contenterai de citer une des déclarations des droits de Virginie du 12 juin 1776 :
« Que le gouvernement est ou doit être institué pour l’avantage commun, pour la protection et la sécurité du peuple, de la nation ou de la communauté ; de toutes les diverses sortes de gouvernement, la meilleure est celle qui peut procurer au plus haut degré le bonheur et la sûreté, et qui est le plus réellement assurée contre le danger d’une mauvaise administration, et que toutes les fois qu’un gouvernement se trouvera insuffisant pour remplir ce but ou qu’il lui sera contraire, la majorité de la communauté a le droit indubitable, inaliénable et imprescriptible de le réformer, de le changer ou de l’abolir, de la manière qu’elle jugera la plus propre à procurer le bien commun ».

COMORESSENTIEL : À travers les bribes d’information qui nous parviennent, on sent un climat social, est ce la réalité ou c’est juste une impression ?

ME MOUDJAHIDI ABDOULBASTOI : Bien sûr que la situation est tendue. Comment voulez-vous que cela soit autrement, quand on vous enlève ce qui fait de vous un humain ? En nous privant de nos libertés et de nos droits, on nous réduit à un état animalier. Quand on étouffe la démocratie, le peuple cherche le moyen de pouvoir continuer à respirer.

COMORESSENTIEL : L’actualité chaude aux Comores est marquée par le débat passionné sur ce qu’on a appelé les "Assises nationales" auquel est venu soudainement s’ajouter cet acte de sabotage à l’aérodrome de Mwali qui, selon les dires, visait le chef de l’État Azali Assoumani. En votre qualité d’avocat quel regard portez-vous sur cette affaire ?

ME MOUDJAHIDI ABDOULBASTOI : Ces assises n’ont été nationales que par le nom. Elles ont brillé par l’absence de principaux partis d’opposition (JUWA et UPDC). L’île d’Anjouan n’était du tout représentée. L’ile de Mohéli était mal représentée. Pour moi, c’était juste un séminaire gouvernemental, élargi à certaines personnalités politiques assoiffées de pouvoir.

Pour ce qui est du sabotage de l’aéroport de Mohéli, je ne vais pas vite partir en besogne comme l’ont fait certains de mes confrères, aux arrière-pensées politiques connues de tout le monde. Une enquête est en cours. Attendons pour voir ce que cela donnera. Il n’est pas question que je me mette à jouer au procureur. Ce ne sont pas mes fonctions.

Par contre, je peux tout de suite vous dire qu’il est inadmissible d’exiger des excuses des mohéliens parce que l’infraction allait être commise sur l’île de Djoumbé Fatima. Il y a eu des coup d’État et des complots déjoués à Ngazidja. Pourtant, on a jamais demander des excuses de la part des grand-comoriens. Les personnes qui croient pouvoir faire plier les mohéliens pour la question de la tournante en instrumentalisant cet incident fâcheux ne sont que des lâches, et surtout des chauvinistes grand-comoriens.

COMORESSENTIEL : Selon, les estimations des uns et des autres, bientôt, notamment à cause des affaires de corruption qui refont surface ( dossier sur la citoyenneté économique etc…),la classe politique actuelle risque d’être balayée pour laisser place à des jeunes. Est ce que vous qui êtes sur le terrain ressentez aussi ce mouvement sous terrain ?

ME MOUDJAHIDI ABDOULBASTOI : En tout cas, moi et mes amis faisons de notre mieux pour hâter une révolution des mentalités dans ce pays. C’est une condition essentielle à l’avènement d’un vrai changement. On peut pas faire du neuf avec du vieux. Notre sauveur ou le sauveur de notre nation sera forcément un des nôtres. C’est plus qu’une conviction pour moi.

Propos recueillis par Faissoili Abdou.
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