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Le Point ouvrait ses colonnes lundi 6 mars à Julien Damon, professeur associé à Sciences Po qui, pour résoudre la crise qui secoue actuellement le département français de Mayotte, propose tout simplement de vendre l’île. La journaliste originaire de Mayotte, Estelle Youssouffa, lui répond. Nous publions son texte.

Il est toujours délicat de répondre aux ignorants sans leur faire de publicité mais puisqu’un journal donne tribune à vos inepties monsieur Julien Damon, il est devenu impossible de rester silencieux face à ces propos tellement délirants qu’ils relèvent de la désinformation. En effet, quand on constate les dégâts des fake news, un correctif s’impose.

Si l’intérêt géostratégique de Mayotte vous échappe, je vous invite à vous enquérir des réserves en hydrocarbures du Canal du Mozambique dans lequel l’île aux Parfums se situe, de l’importance des zones de pêches pour l’économie tricolore ou encore de la richesse en biodiversité de son lagon. Regardez aussi la mise en concurrence de Paris face à d’autres locataires de bases militaires comme la Chine et les Etats-Unis à Djibouti alors que l’Afrique de l’Est est l’un des réservoirs de croissance du 21ème siècle, un marché naissant plus que prometteur… Cela vous permettra peut être de comprendre que garder un drapeau planté dans la région en étant chez elle n’est pas superflu pour la France si elle veut garder son rang de grande puissance.

En 2018, on ne vend plus les Noirs et leurs terres comme du bétail

C’est désagréable mais parlons de votre proposition de vendre Mayotte qui veut s’ancrer dans l’Histoire et se joue des Droits de l’Homme et du Citoyen. Les Mahorais jouissent du droit de disposer d’eux mêmes et ils ont voté très largement à plusieurs reprises pour que Mayotte demeure française. Et non, en 2018, on ne vend plus les Noirs et leurs terres comme du bétail et des commodités. Parce que, disons le: il ne viendrait à l’esprit de personne aujourd’hui de suggérer une idée pareille pour un territoire habité sans sacrifier la souveraineté nationale et piétiner la Constitution qui inscrit Mayotte dans la République française une et indivisible. La souveraineté nationale ne s’exerce pas à géométrie (géographie?) variable, en fonction de la couleur de peau ou de la religion des citoyens au gré des lubies parisiennes quand les difficultés surgissent.

Et ce à moins d’être officiellement en banqueroute comme la Grèce en 2012 et d’avoir des bailleurs de fonds en train de dépecer le pays : si Paris en est là, le problème ne réside pas à Mayotte. La solution non plus. Et pour mémoire, les Grecs n’ont pas vendu Corfou, voyant dans cette idée une atteinte à leur dignité.

Mayotte ne “coûte” vraiment pas grand chose à Paris

Mais puisque ce n’est pas cette qualité qui vous habite mais plutôt la mesquinerie, et que vous souhaitez parler d’argent en sous-entendant que Mayotte est hors de prix pour Paris, sortons la calculette! Regardons de près les dépenses de l’Etat recensées dans le “document de politique transversale” relatif à l’Outre-mer et annexé au projet de loi de finances de 2017. Les dépenses budgétaires de l’Etat en faveur de l’Outre-mer se sont élevées à 14,4 Md€ en 2015, soit 5 990 euros par personne de moins de 65 ans contre 5 560 euros pour les dépenses en faveur de la métropole. C’est à Mayotte qu’elles sont les plus faibles avec 4 100 euros seulement dépensés par habitant. Les chiffres sont têtus : Mayotte ne “coûte” vraiment pas grand chose à Paris.

Et ne parlons pas du fameux rattrapage, des infrastructures jamais construites en près de deux siècles de présence française à Mayotte… Dois-je ici détailler la gymnastique de la France pour se dégager de ces investissements indispensables au développement et envoyer tous les projets (factures) à Bruxelles alors que chacun sait que la bureaucratie européenne est tellement kafkaïenne que les fonds restent dans les coffres ? La carence de l’Etat à Mayotte relève de la non-assistance à une île en danger : oui, Mayotte demande plus de France, les Mahorais exigent que la Métropole agisse et fasse respecter l’ordre, la loi du travail et le droit social comme partout ailleurs dans le pays.

La situation est grave mais pas insoluble si Paris agit et assume ses responsabilités

Car Mayotte vit un drame : celui de l’immigration clandestine. Quasiment la moitié de la population habitant sur l’île est étrangère. Sans papier. Sans avenir. A l’échelle de la Métropole, ce serait plus de 20 millions de clandestins ! L’économie, les infrastructures, les systèmes médicaux, éducatifs, sécuritaires et sociaux des 376 km2 de Mayotte ne suivent pas: construire en fonction de la population clandestine, c’est implicitement l’accepter et accentuer l’appel d’air. Ignorer les clandestins, c’est construire une île schizophrène, inadaptée structurellement à sa réalité démographique. Pour les Mahorais, ce cauchemar est invivable. Policiers et gendarmes rapportent une violence inédite et croissante contre les personnes. 

Le lagon est devenu un cimetière maritime. Les bidonvilles accueillent la misère tragique de ceux qui ont survécu à la traversée. L’île détient le triste record du nombre de reconduites à la frontière en France: les rafles de clandestins laissent des milliers de mineurs abandonnés. En errance, sans ressources ni supervision, ces enfants vulnérables deviennent des dangers pour eux mêmes et pour la société. Mayotte se déshonore en étant incapable de les secourir. Mayotte perd son âme en laissant libre cours à ses plus bas instincts pour chasser les malvenus. La France se trahit en laissant ses concitoyens seuls face à une telle détresse humaine. La situation est grave mais elle n’est pas insoluble si Paris agit enfin et assume ses responsabilités.

Entendez que Mayotte n’est pas insignifiante ni à vendre : petite par sa superficie, elle est grande par la noblesse des ses habitants, sa richesse culturelle et la ténacité de son engagement pour la France. Mayotte est française depuis 1841: avant Nice et l’Alsace-Lorraine! Ses fils répondent à l’appel du drapeau, combattent et meurent pour la patrie qui peut sembler, quand on vous écoute, bien peu reconnaissante sinon oublieuse. Mayotte est devenue département en 2011 et compte le rester, en exigeant que l’Etat respecte ses engagements. Et méditez sur la devise de Mayotte “Ra Hachiri” : nous sommes vigilants.

Estelle YOUSSOUFFA, journaliste
Avec bondyblog.fr
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