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Humoristiquement parlant, les Comoriens sont assis depuis l’accession de leur pays à l’indépendance, en 1975. Plus de quarante ans plus tard, une société civile quasi inexistante et une classe politique en panne d’imagination et en manque cruel de crédibilité leur proposent une idée hallucinante, débile et fantasmagorique: "des Assises nationales".

Cette idée délirante est soutenue par quelques cadres, dont la plupart sont en bois, certains jeunes issus des milieux associatifs (des jeunes naïfs, complaisants, obnubilés et assoiffés par un sentiment de reconnaissance)et de quelques wandru wa wadzima ou notables(des défenseurs du temple de la tradition et nostalgiques d’un passé révolu). Du coup, partout, on parle des «Assises nationales », et on prend des photos mais tout en restant debout. Quel paradoxe! Mais quelles sont les causes profondes de cette situation apocalyptique? Pour répondre à cette question, il va falloir analyser en profondeur la société comorienne en mettant en exergue deux facteurs : politique et social. 

Généralement, l’histoire politique des Comores se résume par une période des wa fawume ou des sultans (XVIe siècle à la fin du XIX siècle), une période coloniale(1912- 1975), une période d’autonomie interne(1961-1975) et une période postcoloniale(1975-2017). Ces différentes périodes ont été marquées par un règne de sultans (un pouvoir politique centralisé autour du sultan qui état descendant d’une lignée dynastique prestigieuse), du colonialisme français(une administration française qui régissait l’ensemble de l’archipel), l’affirmation du leadership politique comorien(dès les années 50, le paysage politique comorien était façonné par le Dr Said Mohamed Cheikh et le Prince Said Ibrahim, dernier fils du sultan Said Ali) et l’avènement de l’Etat comorien(une courte expérience révolutionnaire d’Ali Soilihi, un régime aux accents féodaux, les coups d’Etat permanents, le processus de la démocratisation, le multipartisme).

Toutefois, l’unité de la classe politique comorienne n’a jamais réellement existé. Déjà, dès le milieu des années 40, le Dr Said Mohamed Cheikh et le Prince Said Ibrahim ont manifesté leurs désaccords politiques lors des élections législatives pour le Palais Bourbon. Et à la veille de l’indépendance, les responsables politiques ont brillé par ses divisions. De ce fait, paradoxalement, ce ne sont pas les partis indépendantistes (MOLINACO et le PASOCO) qui ont fait la déclaration unilatérale pour l’indépendance.

En 1990, lors des « tables rondes » pour le processus de démocratisation et du multipartisme, cette classe politique comorienne s’est décomposée et émiettée (un notable avait comparé cette situation à un poisson éparpillé dans le repas). Puis, les petits partis politiques issus de ce multipartisme n’ont pas favorisé l’émergence des vraies formations politiques. Au contraire, ils se sont transformés en groupuscules défendant le népotisme (nde siyasa yahe nduhuze ou la politique pour un membre de sa famille) et le clientélisme politique (une corruption qui est fondée sur la notion de mwana hatru mo mdjini ou notre enfant du village).

Aujourd’hui, la plupart des hommes politiques comoriens sont dans les maykaya ziliyo(ceux qui se sont toujours positionnés en faveur de ceux qui ont le pouvoir) ou le umezi wa siyasa(la mendicité politique). L’ancien président Djohar a très bien résumé cette déliquescence de la classe politique comorienne : «Kapvatsi wandru siyasa sha ngapvo wa mezi wa siyasa»(il n’y a pas des hommes politiques mais il y a des mendiants en politique). 

S’agissant du facteur social, la principale problématique est d’ordre structurel. Celle-ci se caractérise par une absence remarquable d’une vraie société civile (un manque d’une vraie élite intellectuelle qui serait le fer de lance de toutes les transformations et les mutations de la société) qui mettrait en relief la valorisation de la notion de citoyenneté (cette mise en valeur de la citoyenneté doit impérativement passer par une lutte, sans complaisance, contre le système inégalitaire et de la surenchère financière du anda na mila, la substitution de l’Etat par des associations villageoises, etc.). 

Cette problématique structurelle est aussi caractérisée par une confusion de genres qui tue le genre. C’est ce que le jeune rappeur Cheikh MC qualifie de « msadjadja » ou désordre. Le mdru mdzima ou homme accompli(le notable) a souvent tendance à intervenir dans des différents domaines en s’appuyant sur son seul titre honorifique(mais il oublie l’existence de wedzi wa tukufu, c'est-à-dire ceux qui ont dilapidé les biens de l’État pour obtenir le titre de notable). L’accaparement du sujet sur la représentation de la diaspora comorienne en France par des soi-disant notables de la Grande Comore en est l’exemple.

Par conséquent, le mal comorien est profond car il émane d’une problématique structurelle. De ce fait, ce ne sont pas des « Assises nationales» superficielles et abracadabrantesques qui vont résoudre un problème relevant, en grande partie, du mental des Comorien. Ye ya riuwa hafu !

Ahmed Barwane 
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