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A Mayotte, on estime que la moitié de la population est d'origine étrangère, dont bon nombre de sans-papiers. Entretien avec deux clandestins qui vivent à Mayotte et témoignent de leur périple, de leur quotidien et de leurs rêves.

Farid et Karim1 sont Anjouanais et vivent à Mayotte. Entrés illégalement sur le territoire, ils n'ont pas de papiers français. Farid, 27 ans, habite à Chiconi ; Karim, 26 ans, habite à Chirongui. Tous deux ont bravé la mer pour parcourir les 70 km qui séparent l'île d'Anjouan dans l'Union des Comores, de Mayotte qui est administrée par la France (contre l'avis de l'ONU). En situation irrégulière aux yeux de la loi française, ils ne peuvent prétendre à aucune aide sociale et risquent, à chaque instant, une reconduite à la frontière. Ils ont accepté de répondre à nos questions.

Depuis combien de temps vivez-vous à Mayotte ?

Karim: J'étais là de 2003 à 2008 quand j'étais adolescent puis la PAF2 m'a arrêté et expulsé à Anjouan. Je suis revenu en 2014.

Farid : Depuis 2005.

Comment s'est passé votre traversée ?

Karim : La météo était mauvaise, il y avait de grosses vagues, j'ai cru qu'on allait mourir. Nous sommes partis à 20h de Domoni (Anjouan) et nous sommes arrivés le lendemain à midi à Poroani (sud-ouest de Mayotte). J'ai payé 150 euros pour une place dans ce kwassa3.

Farid : C'est très difficile. La PAF surveille la mer, on risque de se faire intercepter. La première fois, on était nombreux sur le bateau, 24 personnes. Nous sommes arrivés à M'Gombani (nord-est de Mayotte). J'ai payé 350 euros, mais les prix peuvent aller jusqu'à 800 euros.

Est-ce que vous avez de la famille ici ?

Farid : Je suis avec ma femme. J'ai trois frères et une sœur ici. Ma fille de 6 ans est à Anjouan avec mes parents.

Karim : Oui, beaucoup. J'ai mon père à Tsoundzou (banlieue de Mamoudzou), et aussi des frères, des sœurs, des oncles, des tantes et des cousins. Certains ont désormais leurs papiers.

Avez-vous du travail ici à Mayotte et si oui combien gagnez-vous ?

Karim : Depuis septembre je travaille dans une boutique, 35 heures par semaine pour 100 euros par mois. Des fois je trouve des petits boulots en plus car 100 euros ce n'est pas beaucoup.

Farid : Je travaille dans la soudure mais je n'ai pas beaucoup de chantiers. Je gagne entre 100 et 600 euros par mois.

Comment se passe la cohabitation avec les Mahorais et avec les Mzungus4 ?

Karim : Ça ne se passe pas bien avec les Mahorais. Certains nous interpellent dans la rue et nous disent de rentrer chez nous. Ils nous considèrent comme des voleurs. Pour eux, tous les Anjouanais sont des voleurs mais moi je n'ai jamais rien volé. Avec les Mzungus il n'y a pas de problèmes.

Farid : Parfois bien, parfois mal. Les Mahorais critiquent beaucoup, ils disent que nous sommes des voleurs. Avec les Mzungus je m'entends bien.

Avez-vous peur d'être expulsés ?

Farid : Oui, j'ai peur. J'ai déjà été expulsé quatre fois mais je reviens toujours. La traversée est dangereuse, c'est ça qui me fait peur.

Karim : Oui, à chaque fois que je sors j'ai peur. Je crains de tomber sur la PAF et qu'ils me renvoient aux Comores.

Comment voyez-vous votre avenir ?

Karim : Je veux rester à Mayotte, avoir un travail et fonder une famille. Je ne veux pas avoir de problèmes et obtenir les papiers français.

Farid : Je ne vois pas d'avenir ici à Mayotte car j'ai tenté tous les moyens pour avoir des papiers mais je n'ai pas réussi. Je ne sais pas ce que me réserve l'avenir car à Anjouan c’est très compliqué.

Ces gens qui témoignent ici sont des personnes honnêtes, à la recherche d'une vie meilleure, qui ont risqué leur vie pour venir à Mayotte. A chaque instant ils craignent de se faire expulser. Quelques heures après notre interview, Karim s'est fait arrêter par la PAF qui l'a immédiatement conduit au centre de rétention de Petite-terre. Il sera expulsé le lendemain, en violation totale du droit français, lequel stipule :

« L'expulsion est une mesure d'éloignement motivée par la protection de l'ordre public. […] L'étranger, qui fait l'objet d'une procédure d'expulsion, doit être informé par bulletin spécial. Ce bulletin le convoque pour être entendu devant une commission d'expulsion (Comex). Ce bulletin lui est notifié au moins 15 jours avant la réunion de la commission soit par un policier à son domicile, soit en prison. L'étranger est notamment informé :
  • des faits motivant la procédure d'expulsion,
  • qu'il peut se présenter seul ou avec un avocat et être entendu avec interprète devant la commission,
  • qu'il peut demander l'aide juridictionnelle,
  • qu'il peut demander le renvoi de la réunion de la commission d'expulsion pour un motif légitime,
  • qu'il a droit à communication de son dossier et de présenter un mémoire en défense,
  • des voies de recours contre l'arrêté, s'il est pris.
L'étranger est entendu par la commission d'expulsion (Comex), qui doit donner son avis motivé sur le dossier dans le mois suivant la remise de la convocation.
Lorsque l'étranger ou son avocat demande le renvoi de la réunion pour un motif légitime, la commission prolonge ce délai d'1 mois supplémentaire maximum.
L'avis de la Comex est communiqué à l'étranger et au préfet ou au ministre de l’intérieur (qui n'est pas obligé de le suivre). »5

La France, laquelle a été condamnée à plusieurs reprises par la Cour Européenne des Droits de l'Homme pour le traitement qu'elle réserve aux étrangers, s'illustre donc une fois de plus par son mépris de l'autre, son arrogance et son déni des lois.

1Les noms et les lieux ont été changés afin d'assurer la sécurité des interviewés.
2Police Aux Frontières.
3Petit navire de pêche local.
4Nom donné aux métropolitains.
5https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F11891
PAR DAMIEN GAUTREAU BLOG : MAORE NA YA MAJIRANI YAHE
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