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Comorienne de nationalité, elle est arrivée clandestinement à Mayotte et a régularisé sa situation. Mais sur l'ile, la tension entre les deux communautés reste vive.

Mayotte. Envoyée spéciale

« Bonjour, je suis la plaignante du « décasage », je peux me mettre à l'abri à côté de vous? J'ai peur... » Ce jeudi 9 novembre, la frêle Mounirat aborde les policiers en faction devant la Chambre d'appel de Mamoudzou. Dans quelques minutes, les juges rendront le délibéré d'une affaire qui empoisonne les liens entre Mahorais et les autres Comoriens depuis plus d'un an et provoque, à chaque audience, toujours un peu plus de tension.

Dans un recoin du parking, elle raconte, encore émue : « J'ai été violemment expulsée de mon domicile par ma propriétaire alors que j'étais titulaire d'un bail et en situation régulière. Tout ça parce que je suis comorienne, étrangère donc un bouc émissaire de rêve. »

« Décasages » en pagaille

À l'époque des faits, en mai 2016, Mayotte traverse une sombre page de son histoire avec des « décasages » en pagaille : des comités d'habitants mahorais en colère s'en prennent aux autres Comoriens, clandestins ou en situation régulière, les chassant de leur domicile ou « bangas », habitat de tôle précaire.

La raison ? Ils sont accusés d'être la cause de tous les maux de l'ile : écoles et services de soins surchargés, chômage record de 27 %, violence et délinquance, anarchie foncière... Plus de 1 500 adultes et enfants ont ainsi été expulsés. « C'est à n'y rien comprendre, se lamente Mounirat. Avant, nous étions tous frères, du même sang et français jusqu'à l'indépendance des Comores. On a tous un cousin, une tante, des proches qui habitent les deux îles. Pourquoi autant de haine ? »

Arrivée à Mayotte en 2003, elle a vite trouvé du travail dans la restauration et fondé une famille. « J'avais une vie paisible et ma carte de résident. Les Mahorais savent nous trouver pour nous embaucher, souvent au noir. En façade, on dérange mais, au fond, on nous utilise bien. »

Mari et enfants à Brest

Pendant la procédure pour réparer cette expulsion musclée, Mounirat a préféré laisser partir son mari et ses filles en métropole, à Brest. « Je les sais en sécurité là-bas. »

À l'issue de l'audience, la jeune femme embrasse son avocate, Me Ghaem, qui bataille depuis des mois pour faire reconnaître le préjudice subi. La propriétaire a été reconnue coupable d'expulsion illégale et d'injures publiques à caractère racial. « Vous vous rendez compte que ma famille a été traitée de sales et de chiens de Comoriens. C'est si violent. Mais je ne vais pas changer mes origines et m'appeler Delphine pour faire bien français ! Je respecte peut-être la loi plus que d'autres ici... »

La loi, elle devra encore y faire face. Car dans la foulée du jugement, l'avocat de la prévenue a annoncé le pourvoi en cassation. Mounirat soupire : « Combien de temps je devrai avoir peur? » ©Valérie Parlan. - Ouest France
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