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© www.habarizacomores.com (Habari Za Comores)-
De Marseille à Paris, depuis son élection à l’Assemblée nationale, Saïd Ahamada, député LREM de la 7e circonscription des Bouches-du-Rhône, occupe le terrain. Il impose son style, sa méthode, loin du politiquement correct, bousculant parfois son propre mouvement. Nous l’avons suivi durant quelques semaines, physiquement ou à distance. Ses priorités : politique de la ville, sécurité, formation, environnement, expérimentation des emplois francs à Marseille… Dans les pas d’un député en quête de résultats.

« J’ai un rêve… » Ces mots n’ont pas été choisis par hasard, ce mardi 7 novembre, dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale. Ils font naturellement écho à ce célèbre « I have a dream » de Martin Luther King, prononcé le 28 août 1963. Saïd Ahamada s’inspirerait-il du pasteur noir américain qui rêvait d’une Amérique fraternelle où Blancs et Noirs seraient unis et libres ? Une chose est sûre : le député La République en marche de la 7e circonscription des Bouches-du-Rhône a fait de la lutte contre les inégalités l’une de ses priorités. Son rêve est de voir les politiques de la ville disparaître. « Cela voudra dire que l’objectif de baisse des inégalités sociales et territoriales aura été atteint. »

C’était le sens de son intervention à l’attention de la ministre de la Cohésion des territoires, le 7 novembre, pour demander de rétablir le retour du droit commun sur les territoires. « Cette politique de la ville doit être réservée aux innovations, aux expérimentations et aux projets qui ont réussi ». La réussite, c’est justement ce qui rythme les pas de Saïd Ahamada. Homme pressé ? Un tantinet. Le gosse des quartiers Nord optimise son temps au maximum. Sa hantise, c’est d’en perdre. Il le dit lui-même : « J’ai l’impression de faire une semaine en deux jours, confie-t-il à la table du Comptoir Dugommier, où nous l’avions rencontré il y a quelques semaines. Une demi-heure montre main. Je ne peux pas me permettre de perdre une heure ou une journée, si je peux rencontrer les habitants, rencontrer des institutionnels, les décideurs du territoire, travailler les dossiers… ». Mais il ne se plaint pas. L’ancien conseiller d’arrondissement arbore même un large sourire, qui tranche avec ce visage parfois fermé arboré durant la campagne des législatives.

La liste « trouble-fête »

Cette nouvelle mission au Palais Bourbon « l’enthousiasme », mais il n’est pas là pour jouer les marionnettes dont on tire les ficelles ou les faire-valoir. Avec son look à la Barak Obama, il entend marquer cette mandature de son empreinte et à sa manière, au risque parfois de bousculer son propre mouvement. C’est le cas avec la liste « Diversité des territoires » sur laquelle il figure. Elle marque la différence avec les trois autres listes en concurrence, pour composer le Bureau exécutif de LREM.

Suscitant quelques interrogations, certains en appellent même à un vote à bulletin secret pour éviter les pressions le jour du vote le 18 novembre à Lyon. Pour Saïd Ahamada cette liste résonne comme « la volonté d’imposer une vision différente, plus autonome, garantir le débats d’idées. Ce serait salutaire pour Christophe Castaner et pour le mouvement », estime Saïd Ahamada, même s’il a parrainé le porte-parole du gouvernement pour le poste de délégué général du mouvement, (il est le seul candidat).

Conscient de ne pas détenir tous les codes que requiert la politique, le député Ahamada n’en fait pas un handicap. À la commission des finances où il siège, « où tout est souvent affaire de gros sous, on ne maîtrise pas forcément tous les codes, les aspects techniques, mais c’est pas plus mal, plaide le diplômé d’un master en finances. Aujourd’hui, ce n’est pas forcément d’experts dont on a besoin. On n’est pas directeur d’une administration centrale. (Il a quitté son poste de directeur général adjoint de la Ville d’Avignon NDLR) Si ce que je fais à la commission des finances n’est pas compris par tout le monde, ça n’a aucun intérêt. Les taux, le gel, le surgel… Ce que que les Français veulent, c’est savoir si on aura les moyens de mener à bien telle ou telle politique publique. Est-ce qu’en matière de sécurité, de formation de lutte contre le chômage, on met les moyens ou pas ! », lâche-t-il avec détermination.

« Les emplois francs » expérimentés à Marseille

Le chômage et la formation des jeunes, ce sont d’ailleurs deux de ses autres grandes priorités, confronté à cette problématique prégnante dans les quartiers Nord. Lors de la visite de Muriel Pénicaud, à l’Epide et à l’école de la deuxième chance, à Marseille, le 13 octobre 2017, il avait proposé plusieurs mesures. La ministre du Travail a d’ailleurs repris l’une d’entre elles. Celle de faire de Marseille « un laboratoire économique et social. Il y a ici un tel foisonnement associatif, tant d’entreprises en développement et une telle énergie dans les quartiers que je suis preneuse de l’idée », avait-elle déclaré. Une satisfaction pour le député, nouvellement contenté le mardi 14 novembre, avec l’engagement d’Emmanuel Macron d’expérimenter les emplois francs* à Marseille dès le 1er janvier 2018, « comme je l’avais demandé », ne manque pas de souligner l’élu. C’est une mesure forte pour relancer l’emploi dans les quartiers populaires ». S’il salue l’engagement, il n’en restera pas moins « vigilant » sur le sujet.

Il a d’ailleurs lancé un groupe de travail au sein du groupe La République en marche, « dont l’objectif est de travailler à une transformation en profondeur de la politique de la ville, pour lutter contre la ghettoïsation en organisant le retour de l’État dans nos quartiers ». Parce que l’autre enjeu, c’est la lutte contre la délinquance et la radicalisation, qu’il n’entend pas laisser sur le côté. De ces sujets aussi, qu’il a évoqués avec le préfet de police Olivier de Mazières, le même jour que notre interview, le néo-député en parle librement. 

La lutte contre la délinquance et la radicalisation

Ce jour-là au Comptoir Dugommier, à deux pas de la gare Saint-Charles, impossible de ne pas repenser à l’attentat qui a frappé Marseille, le dimanche 1er octobre 2017, faisant deux victimes. Le constat que Saïd Ahamada et le préfet de police ont dressé ensemble, c’est qu’il y a un « terreau fertile à l’islamisme radical que sont les prisons, les établissements psychiatriques… évidemment il faut une meilleure prise en charge. Même si Marseille a été touchée, ce n’est pas un produit marseillais qui a assassiné ces deux jeunes filles. »

Pour lui, le système d’anticipation et de lutte contre la radicalisation, « fonctionne plutôt bien. On n’a pas de branche de radicalisation comme on peut en avoir à Lunel ou ailleurs… Le département, même s’il est touché, est plutôt épargné. C’est lié aux dispositifs mis en place avant les attentats de Nice. C’est également dû au fait qu’à Marseille, nous avons des Français musulmans solides sur les acquis. C’est-à-dire que l’islam est lié à la culture d’origine. L’un ne va pas sans l’autre ou difficilement, sauf pour les néo-convertis, et on voit les dégâts. Il y a moins de prises pour l’islamisme radical. Ça permet de se projeter facilement en France avec un islam respectueux. Il y a aussi beaucoup d’Algériens et de Français d’origine algérienne qui ont connu les attentats islamistes chez eux, et ils savent ce que c’est. »
Le député devant l’Ecole de la deuxième chance, lors de la visite de Muriel Pénicaud, le 13 octobre 2017, en discussion avec les syndicats, en réunion de travail avec Mounir Majhoubi, secrétaire d’Etat chargé du Numérique et mardi 14 novembre, aux Journées méditerranéennes sur la qualité de l’air du port.
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