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Des élus de l’opposition accusent le pouvoir d’avoir voulu les soudoyer pour qu’ils votent la révision de la Constitution voulue par le président Museveni.
Des députés de l'opposition ramènent les 29 millions
de shillings ougandais reçus au Parlement, le 25 octobre 2017.
© RFI / Charlotte Cosset

C’est un acte inattendu. En Ouganda, alors que le débat sur la réforme de la Constitution destinée à supprimer l’âge limite (75 ans) des candidats à la présidentielle bat son plein, des opposants à ce projet ont effectué, mercredi 25 octobre, un geste qui pourrait assurer leur renommée. Six députés se sont présentés au Parlement avec des sacs pleins de billets pour dénoncer l’octroi à chaque élu d’une somme rondelette, 7 000 euros pour « frais de fonctionnement », destinée officiellement à mener des « consultations » dans leurs circonscriptions.

« Il n’y a absolument aucun doute que cet argent a été envoyé par [le président] Museveni pour influencer notre position sur l’abrogation [de l’âge limite] dans la Constitution », a tonné leur meneur, Ibrahim Ssemuju, devant d’impressionnantes liasses de billets qui ne viendront finalement pas garnir ses poches.

Sur mesure

Cette réforme, taillée sur mesure pour le chef de l’Etat – âgé de 73 ans, il serait disqualifié pour l’élection de 2021 si la Constitution restait en l’état –, n’est pas assurée. Les députés du Mouvement national de résistance (NRM, au pouvoir) ne se bousculent pas pour la défendre, et certains d’entre eux ont même clairement pris position contre et ont rejoint les rangs de l’opposition.

Le gouvernement a besoin de 290 députés physiquement présents (les deux tiers du Parlement) pour adopter le projet de loi. La porte-parole du groupe NRM, Margaret Muhanga, a affirmé au quotidien The Observer avoir reçu l’assurance de 320 députés, mais dénonce les parlementaires de l’opposition qui auraient « reçu de l’argent des ONG pour désorganiser [son] camp ». Une accusation de partialité qui a déjà valu à plusieurs organisations, comme ActionAid et l’Institut d’études stratégiques des Grands Lacs (Gliss), de voir leurs bureaux perquisitionnés et leurs comptes récemment gelés.

Cependant, l’explication d’une telle fronde est plus sûrement à trouver dans un sondage mené en septembre par l’institut Hatchile Consult pour l’institut Afrobaromètre. On y apprend que plus de 75 % des Ougandais sont contre la révision de la Constitution, une conviction partagée par près de 67 % des adhérents du parti présidentiel. De quoi faire réfléchir les députés, qui devront rendre des comptes devant leurs électeurs.

Bagarre générale

A défaut d’une réelle marge de manœuvre, l’opposition fait preuve d’imagination. Ce projet de loi a remis en selle le Forum pour le changement démocratique (FDC, opposition), divisé par une interminable querelle de leadership. C’est justement alors qu’il revenait d’un meeting de soutien à un député de ce parti en pleine ascension, Patrick Amuriat, que Kizza Besigye, l’opposant historique, a été arrêté, la semaine dernière, pour « incitation à la violence ». Le meeting, qui a donné lieu à une manifestation et à des affrontements avec les forces de l’ordre, a causé la mort d’au moins un manifestant, tué par balle. Libéré sous caution mercredi, Kizza Besigye a été de nouveau arrêté seulement cinq heures après son inculpation avant de retrouver une nouvelle fois la liberté.

Le vieil ennemi de Museveni n’est plus seul à porter la voix de l’opposition. Le très populaire Robert Kyagulanyi, député indépendant mieux connu sous son nom de chanteur de ragga, « Bobi Wine », a également eu l’occasion de faire parler de lui lors d’une bagarre générale au Parlement, fin septembre. Les images le montrant en position de boxeur face au service de sécurité du Parlement, puis évacué de force, ont depuis fait le tour du monde. Le « président du ghetto », comme il se surnomme, et d’autres députés ont depuis été victimes de menaces de mort et leurs habitations ont fait l’objet d’attaques à la grenade. Par Gaël Grilhot (contributeur Le Monde Afrique, Kampala)
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