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INTERVIEW EXCLUSIVE

Je reçois aujourd'hui, monsieur IBRAHIMA Mhoumadi Sidi, professeur à l'UDC, SG du Conseil politique national du parti Juwa, ancien député de l'Assemblée nationale (2004-2009), ancien ministre de la défense et de l'intérieur au dernier gouvernement d'AA Mohamed Sambi.(2010-2011).


Monsieur le ministre, merci de nous accepter cet entretien politique. Suite à notre entretien audio de dimanche dernier, beaucoup de nos auditeurs qui ne comprennent pas bien le comorien ont souhaité une version française. C'est pour les satisfaire que nous revenons à notre interview dans la langue de Molière.

Ortega: Monsieur le ministre, est-ce vrai que vous êtes invité par la commission parlementaire chargée de faire la lumière sur la loi controversée de la citoyenneté économique que vous avez fait voter en novembre 2008 en tant que 1er vice-président de l'institution à cette époque ?

Ibrahim Mhoumadi Sidi : Oui, c'est exact. Dans le cadre du travail d'enquête parlementaire portant sur la loi de la citoyenneté économique, la commission parlementaire chargée de l'enquête par une résolution votée le 10 juin dernier m'a invité le jeudi 20 juillet à une audition parlementaire. Elle voulait savoir dans quelles conditions s'est déroulée la séance plénière de ce 27 novembre 2008. J'ai été alors invité à cet effet avec deux anciens collègues députés : Ibrahim Soefou et Youssouf Ali MCHANGAMA. J'ai répondu aux questions qui m'ont été posées portant sur le déroulement de la séance qui a conduit au vote controversé de cette loi, ma responsabilité dans ce vote, les motifs de mon action constituent le menu de leurs questions.Selon la commission, d'autres personnes seront entendues. 

Mon sentiment à la sortie de l'audition est qu'il s'agit d'un début de toute une procédure enclenchée pour arriver à quoi exactement ? Je n'en sais rien mais je suis très intéressé à ce que toute la lumière soit faite de manière objective sur les tenants et les aboutissants de cette loi, surtout de son application ou non par les pouvoirs consécutifs y compris l'actuel, de ses montants financiers perçus et ce qui en est fait. 

Ortega: La rupture de votre parti avec Azali vous inspire quoi ? 

Ibrahim Mhoumadi Sidi: Juwa n'a pas rompu avec Azali. Non. Parceque Juwa n'a jamais conclu une alliance avec Azali ni avec la CRC. Ni avant son élection ni après. Le SG du parti, Ibrahim Moh Soulé l'a souvent souligné, moi-même, dans un interview que je vous ai accordé en avril dernier à Paris, je l'ai dit clairement les deux accords signés les 25 et 27 mars 2016 à Anjouan n'ont pas engagé notre parti. Fahami Said Ibrahim l'a clairement rappelé il y a quelque jours. Donc, le Président Azali a tout simplement remercié des membres du juwa qui lui ont prêté mains fortes pour conquérir le pouvoir et qui ont su entraîner d'autres militants dans ce sillage de soutien. Maintenant il les a remercié pour service rendu et s'en est séparé comme on se sépare d'une peau de citron pressé. Juwa n'est donc pas comptable ni du bien ni du mal dans la gestion politique de ces membres au 1er gouvernement Azali. Cela doit être claire. D'ailleurs la composition des cabinets de leurs ministères n'avait aucune empreinte Juwa. Aussi, en tant que haut responsable du parti Juwa je n'ai pas de commentaire ni d'analyse spécifique à faire. Tu m'excuseras. 

Ortega: Le cas Sounhadj et le parti Juwa ? 

Ibrahim Mhoumadi Sidi: Je pense que c'est une petite histoire terminée. Il ne reste que la volonté de Sounhadj de nuire le parti. Maintenant, il nous revient au parti de voir comment l'en empêcher. En tout cas, avec ou sans Sounhadj, Juwa avancera c'est sûr. Ne croyez pas que je le sous-estime, non. Je sais que derrière lui, il , y a une armada de guerre contre Juwa, mais croyez-moi, Abdou Hassan, Sounhadj ne pèse pas un gramme au sein du parti et dans le pays. Nous subirons seulement de plus en plus le manœuvres d'intimidations et de menaces du pouvoir dont il est, avec le ministre de l'intérieur, les 1er missionnaires, les têtes de pont tout désignés pour détruire Juwa et ses hauts responsables. Sounhadj a déclaré dernièrement dans une conférence de presse qu'il y a deux Juwa et qu'il est le SG d'un des deux. Moi, je ne connais qu'un seul parti Juwa, celui dirigé par Ibrahim Moh Soulé comme SG et ayant A A Sambi comme président d'honneur. 

Ortega: A propos des assises dont on parle, quelle est la position de votre parti, Juwa ? Compte-t-il y participer ? 

Ibrahim Mhoumadi Sidi: C'est une idée initiée par le Mvt du 11 août. Leur projet au départ en 2015 était de faire le bilan complet de nos 40 ans d'indépendance, en tirer les leçons et les conclusions avant les élections présidentielles de 2016. Notre parti avait fermement soutenu la proposition malheureusement, la CRC et d'autres formations politiques l'ont boycottée et empêché sa tenue considérant à tord que sa réalisation allait empêcher la tournante en faveur de Ngazidja. La voici revenue en actualité par une porte dérobée et remise au débat et aux humeurs du jour par le pouvoir Azali qui s'en empare pour en faire la priorité de sa politique. Le chef de l'Etat y met tout son poids dans la balance jusqu'en faire une affaire personnelle. Il ravit ainsi la paternité d'une noble idée au père géniteur, le Mouvement du 11 Août.

Dans un communiqué de notre parti, issu d'une AG tenue à Mutsamudu le 14 juillet dernier, nous avons dit que ''nous adhérons à l'initiative du mouvement du 11 août mais réfutons toute récupération.... pour une reforme constitutionnelle taillée sur mesure '' Notre parti compte donc participer très activement en souhaitant vivement que l'esprit et la lettre de ses initiateurs soient respectés et non hul-dopés, confisqués, déformés et instrumentalisés politiquement. Nous avons cependant des doutes sur les intentions réelles du pouvoir, car, à écouter les déclarations de ses avocats : maître Larifou, le ministre de l'intérieur Kiki et le SG du Gouvernement, M. Idarousse, une opération clairement politique, constitutionnelle et institutionnelle répondant au souhait du Président Azali y est en gestation.

Déjà des intimidations et menaces contre tout contrevenant à leur visée fuient de leur propagande en marche sur l'objectif que le pouvoir assigne à ces assises. C'est pourquoi notre parti a lancé un ''appel aux forces vives patriotiques à s'unir dans un front républicain afin de sauvegarder la paix civile, la stabilité politique, la cohésion nationale et les valeurs démocratiques '' menacées et ressenties comme telles par le Mouvement mohélien du 17 février si j'en juge au travers de son communiqué du 27 juillet dernier qui appelle tous les Comoriens '' à s'insurger contre ce projet hasardeux , mal engagé et à l'issue incertaine'' et qu'il compte user toute action susceptible de faire échec à cette entreprise. Anjouan n'est pas du reste dans ce mouvement.

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Quand on sait aussi que les intentions affichées par Azali dans ces assises déconcertent le Mvt 11 août qui ne s'y reconnaît plus d'ailleurs dans l'orientation affichée selon les observations de certains des membres qui ont rencontré le chef de l'Etat le 4 juillet dernier, il y a donc raison de s'inquiéter. Le format et la composition des participants ne sont pas encore connus mais le Juwa, première formation politique nationale, devra, en tout état de cause, être de la partie.

Ortega: Sur la tournante telle qu'elle serait envisagée dans le projet gouvernemental ? Avez-vous une réaction ?

Ibrahim Mhoumadi Sidi: Je n'ai aucune connaissance d'un tel projet. Cependant, Je considère que la tournante, elle a recommencé pour Ngazidja avec l'élection, (ne l'oublions pas), dans un esprit de campagne électorale rondement menée en ce sens en mai 2016. Aussi, à moins de vouloir relancer la discorde et l'esprit du séparatisme pur et dur, n'y a-t-il pas lieu d'arrêter de jouer aux provocations et à la pyromanie ? Je me rappelle bien que ceux qui ont tout fait pour empêcher Ahmed ABDALLAH Sambi d'être candidat en 2016, avaient comme seul argument que cela allait à juste titre mettre fin à la tournante et empêcher Ngazidja de gouverner à ce titre là.

Ainsi, ceci rappelé, sauf si ceux qui prônent la suppression de la tournante avant 2026 prennent les Comoriens des autres îles comme des citoyens secondaires ou des non-ayant droits, on ne peut arrêter la tournante après Ngazidja aux manages sauf si le Président Azali qui s'est fait élire sous une bannière de tournante insulaire démissionne et qu'après les assises, on organise des élections presidentielles auxquelles tout comorien peut se porter candidat quelque .soit son origine insulaire. La suppression de la tournante est dans ce contexte envisageable. Nous nous battrons alors contre son maintien dans son esprit et sa forme foncièrement nepotistes et claniques actuels.

Autrement, comment et par quelle girouette intellectualiste, maintenant qu'est commencé un deuxième cycle, nous allons l'arrêter ? j'estime pour ma part qu'il faut aller jusqu'à son terme en 2026. Sinon, le président Azali, en vertueux démocrate n'a qu'à soumettre la question à un référendum populaire pour voir la réponse des Comoriens au lieu de chercher à utiliser des voies de travers comme le congrès des élus pour faire passer sa pilule mortifère.

Ortega: Sur L'émergence, votre opinion, Monsieur le ministre ?

Ibrahim Mhoumadi Sidi: Une idée séduisante et visionnaire, un bon miroir aux alouettes, un attrape-nigauds sans contenu réel. J'ai bien peur que ce soit un slogan de diversion pour les Comoriens en mal de vivre et peu informés du sens, du contenu réel et des étapes préalables à franchir avant d'en parler. L'émergence requiert beaucoup de transformations dans un pays. Elle est la résultante de ces transformations multisectorielles dont nous sommes très éloignés. Il convient cependant de saluer la vision du chef de l'Etat qui est ici dans son rôle. Mais je ne peux que critiquer la démarche et la pédagogie utilisée qui laissent penser à nos concitoyens que d'ici 2030 nous seront en émergence. Ou Il y a une myopie grave de ses promoteurs ou ils nous prennent pour des incultes demeurés à l'âge de pierre.

Non. Au lieu de nous souler avec son opium hallucinogène, que le pouvoir nous dise d'abord comment il compte former les jeunes de ce pays, leur trouver du job, nous doter des infrastructures sociales et du tissu économique de base, des piliers essentiels sur lesquels s'appuyer pour sortir la tête de l'eau d'abord. Ne faudrait-il pas d'abord résorber sensiblement le chômage des jeunes en âge de travailler, eux qui seront le fer de lance de ce projet audacieux d'émergence ? Quand je sais que de nombreux pays comme le Brésil, le Maroc, Maurice, l'Inde et même la Chine, sont des pays émergents, je mesure tout le long parcours à réaliser pour accéder à ce statut. En tout cas, c'est le mentir-vrai de nos politiciens au peuple que de dire qu'en 2030, les Comores seront un pays émergent. Et ce n'est pas faire preuve de pessimisme, c'est plutôt du réalisme pragmatique et une preuve d'honnêteté politique.

Sinon qu'on nous dise Comment le pouvoir compte-il se prendre pour payer régulièrement les maigres salaires ponctionnés des agents de l'Etat, soutenir l'effort économique et social, appuyer les entreprises existantes et aider à la création de nouvelles ? Avec quel argent et venant d'où ? Et qu'en sera-t-il de l'aide à l'investissement public et privé lorsqu'on sait qu'il n'y a jamais d'aide budgétaire à l'investissement ? Comment comprendre, monsieur Orgtega que des sociétés comme AB-Aviation, Inter air-îles ont mis la clé sous le paillaisson sans que l'Etat soit en mesure de les aider ? Est-ce cela augure un bon élan économique et social pour l'émergence. J'aime la chanson et il m'arrive de fredonner certaines, alors, chatons tous en choeur ''émergence ! émergence ! émergence ! '' pour être dans l'air du temps.
Ortega: Le parti juwa, où en êtes-vous avec le Congrès ?

Ibrahim Mhoumadi Sidi: Nous l'organisons comme il se doit. A la demande de l'AG du 14 juillet dernier, il devrai se tenir les 16 et 17 septembre à Mutsamudu, Anjouan.

Ortega: Merci monsieur le ministre d'avoir répondu à nos questions et à très bientôt j'espère.

Ibrahim Mhoumadi Sidi: Merci à vous pour m'avoir donné cette opportunité de m'exprimer, ce qui est de plus en plus difficile pour nous Juwa ici en ce moment​. En conclusion, notre pays va vivre les les semaines et les mois à venir un grand moment historique avec les assises en gestation. Des risques réels de conflits sociaux existent. Nous devons donc chacun, chacune rester éveillé et vigilant pour ne pas encore une fois être engages malgré nous à jouer de notre unité nationale et de notre souveraineté de choisir librement le modèle d'institutions et de constitution conformes à notre volonté de vivre unis, solidaires dans la paix civile, la cohésion nationale et la démocratie participative. Merci pour votre patience.

Propos recueillis par Ortega Abdou Hassani
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