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« Tantôt décrié, tantôt adulé, le grand mariage à la Grande Comore a traversé les années et ne semble pas avoir pris une seule ride. Pire ou mieux, il finit toujours par faire plier ses détracteurs, sous la pression de la famille et de la population. La place de l’Homme dans la société comorienne se gagne ainsi. » Soeuf Elbadawi 

Ce qui nous anime dans cette note, n’est pas de décrier les méfaits ou les bienfaits de celui-ci.

Le but de ce travail est d’évaluer la quantité d’or importé pour usage du grand mariage (anda.)

Ainsi, notre réflexion nous conduira à nous pencher sur cette pierre précieuse tant utilisée dans les cérémonies. Par la suite essayer de savoir si l’entrée de ces bijoux en or sur le territoire national sont soumis à un contrôle de la part de l’Etat et des services des impôts et nous reformulerons quelques recommandations.

L’or et le grand mariage

Le Grand mariage ou anda en comorien, occupe une place importante dans la société comorienne. Accomplir le anda demande un effort, plus de moyens, de temps mais surtout beaucoup d’or. Plus vous offrez des bijoux en or à la mariée, plus votre anda est commenté et vous procure la joie et l’honneur que vous attendiez en retour.

C’est surtout aux Comores et en France que cette tradition est pratiquée. Peu de comoriens vivant à La Réunion et ailleurs la pratique. A notre connaissance, aucune étude n’est faite pour quantifier en moyenne le nombre de célébration de grand mariage par an. Que ça soit en France ou aux Comores. Par ailleurs, le constat nous amène à dire qu’il y’a de plus en plus de célébration chaque année.

Qui dit anda aux Comores et surtout à Ngazidja, dit plus de dépense et plus des bijoux en or. Traditionnellement la dot payée par le mari était sous forme de bœufs.

Actuellement, il se fait de plus en plus en espèces ou en pièces d’or. S’il s’agit de pièces d’or, le minimum est d’un « powni », qui vaut 35 000 (35 milles Franc comorien) soit 71,4285 euros à Dubaï et 50 000 (50 milles Franc comorien) soit 102,040 euros à Moroni. Le maximum offert à Moroni monte à 150 pièces. On trouve également des « bwara », pièces d’or valant (socialement) cinq powni (Walker I). Un powni (du mot anglais pound) est une pièce d’or de 8 mg, le plus souvent un souverain britannique, d’une valeur nominale d’une livre. Quant au bwara, il en existe deux variétés : l’une est une pièce américaine de 33 g, l’autre, une pièce britannique de 40 g. La pièce américaine (double eagle d’une valeur nominale de 20 dollars) vaut 160 000 (160 milles Franc comorien) soit 326,530 euros ; la pièce britannique est une pièce de 5 livres et vaut 205 000 (205 Franc comorien) soit 418,367 euros. De l’or allant de 20 à 24 carats.
N’étant parmi les ressources du pays, l’or utilisé dans le grand mariage est en majorité acheté dans les pays du Golfe. Certains artisans locaux fabriquent ces bijoux mais d’une quantité très insuffisante. Donc, pour préparer son anda, le Comorien qui veut le célébrer que ça soit aux Comores ou en France, doit, soit voyager ou commissionner une autre personne pour aller lui en acheter. Comme nous l’avons cité ci-haut, par an on enregistre de plus en plus de célébrations du anda. Mais aucune étude ne peut nous permettre de dire qu’en moyenne, on célèbre tant de mariage.

Néanmoins, il nous paraît évident qu’en estimant par le nombre de villes et villages que contient l’Île de Ngazidja, nous pouvons estimer la quantité et de la valeur de l’or qui rentre au pays.

Ngazidja contient 151 villes et villages. En supposant qu’en moyenne on célèbre cinq (5) Grand mariage par localité chaque année, on aura 755 célébrations par an.

Ainsi, en supposant que par mariage on ne dépense qu’un bijou de 24 carats seulement par célébration, on aura 18 120 carats d’or qui rentrent et/ou utilisé à Ngazidja. Sachant que le cours d’or varie en 37,02 à 40 euros, on peut donc estimer qu’en moyenne on dépense 724 800 euros (724 milles 800 euros) soit 355 876 800 Franc comorien (355 millions 876 milles 800 Franc comorien). Bien que ce n’est qu’une estimation, on voit donc que l’or qui peut rentrer dans le pays peut représenter beaucoup plus que cela.

Cet or provenant du mariage est souvent thésaurisé ; il n’est vendu qu’en cas de force majeur ; il se vent alors à des particuliers plus qu’à des commerçants (Damir Ben Ali).

A Anjouan et à Mohéli et même à Mayotte, le anda est pratiqué. L’allure n’est pas la même. Et aussi, il ne reste pas une obsession comme chez une grande partie des Grand comoriens.

L’Etat comorien et l’or du grand mariage

Si beaucoup juge, critique et propose même de l’interdire, le Grand mariage continue toujours de prendre de l’ampleur. La première mesure contre le grand mariage remonte à Saïd Mohamed Cheik, puis avec la révolution soilihiste.

Selon le décret N° 87-005/PR portant réglementation des relations financières entre la République Fédérale Islamique des Comores et l’étranger, dans son article 5, « l’importation et l’exportation …, de l’or et des métaux précieux, … s’effectuent dans les conditions définies par instructions de la Banque Centrale des Comores ». Cette dernière souligne dans son instruction n°6 relative aux frais de voyage à l’étranger prise en application du décret n°87-005/PR portant réglementation des relations financières entre la République Fédérale Islamiques des Comores et l’Etranger et dans son article 11 : « L’exportation et l’importation de l’or non monétaire, de métaux précieux et des articles contenant des métaux précieux donnent lieu à l’établissement d’une déclaration écrite à l’administration des douanes. Toutefois, le transport des bijoux personnels, dans la limite d’un poids de 500 grammes par personne, est dispensé de cette obligation ».

Ces instructions et dispositions ne sont pas appliquées. Le manque d’information et la passivité des agents responsable à la surveillance des frontières pourrait l’expliquer.

Recommandation 

Loin d’avoir dit son dernier mot, le « Anda » continue de rassembler toute la société comorienne pendant une semaine d’euphorie et de dépenses en or et en argent inestimables, malgré des reformes timides voulues par certains cadres et hommes politiques.

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L’objectif serait non seulement de valoriser par recyclage l’or thésaurisé sous forme de bijoux par les familles, mais de développer dans le pays le commerce de l’or en terme de marketing, et déboucher, à terme, sur l’exportation à l’exemple de Dubaï qui n’est pas, il faut le rappeler, un pays producteur d’or (Damir Ben Ali).

Ce sont là des atouts considérables et qu’il serait opportun de mettre en place, par nos politiques et gouvernements, une stratégie pour une bijouterie de qualité avec un label comorien.

Il est évident, qu’on ne peut pas par une baguette magique changé les mentalités de tout un peuple. Mais un contrôle de la part de l’Etat doit se faire.

Ainsi nous préconisons les mesures suivantes :

L’Etat doit promouvoir et encourager la production locale de bijoux en or.

L’Etat doit interdire l’importation des produits d’or fini. Il doit importer des lingots que l’on vend aux artisans locaux afin de soutenir et de relancer une filière qui peut créer des emplois et générer des revenus.

Former les agents des douanes et des services des impôts sur le contrôle et la taxation avec rigueur de l’or qui rentrent quotidiennement dans le pays.

Source :
  • Le grand mariage de l’indignité_ Soeuf Elbadawi
  • Réflexions sur le Dola N’Kou ou Grand Mariage comorien_ Jean-Claude Rouveyran et Ahmed Djabiri
  • Iain Walker, « Les aspects économiques du grand mariage de Ngazidja (Comores) », Autre part 2002/3 (n° 23), p. 157-171.
  • Damir Ben Ali & Hassane Mgomri, « Le grand mariage et ses implications dans le developpement humain »,
Par Idrisse Ahamada - comores2016-2021.org
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