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Chronique d’un texte encensé par les médias. Une anguille, écrite, sans queue ni tête par un jeune auteur de l’archipel des Comores. Un premier roman, qui a reçu le prix Senghor de la littérature francophone, après une belle campagne de promo, menée par les éditions Le Tripode en France.

Tout a commencé par une nouvelle, entendue un matin d’été, à la radio.

« Ali Zamir, jeune auteur Comorien, ne pourra pas assister au lancement de son premier roman Anguille sous roche, dont le personnage principal, Anguille, se noie quelque part entre Anjouan et Mayotte, les autorités françaises lui refusant l’entrée sur le territoire, alors qu’il est en transit à La Réunion. »

Qui peut bien être ce jeune auteur, qui réussit à faire parler de lui et des Comores, toute la journée, sur les ondes de radio France, sur les réseaux sociaux, où circule une pétition en son honneur ?

Un beau tapage, de la part d’un éditeur indépendant, très peu connu des grands cercles de la littérature parisienne, où s’octroient des prix de grands crus français et étrangers de littérature.

Curieuse, je cherche des infos sur le net, le livre n’étant pas encore en librairie.

Les critiques sont dithyrambiques. Il n’y a pas d’autre mot…

« Attention chef d’œuvre », « Un diamant pur », « Assourdissant de talent »,
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« Assure l’avenir de la littérature francophone »…

Je me dis qu’il faut que je lise ce roman.

Le jour de sa sortie, je me rends à la librairie. Mais nouvelle surprise : le livre est déjà épuisé ! Il faut le commander et même le réserver !

Entretemps, l’auteur arrive à Paris, toutes les émissions littéraires encensent le roman, cité pour de nombreux prix français, lors de la pré rentrée littéraire, 2016. Il obtiendra le prix Senghor.

Je bous d’impatience.

Je finis par avoir le roman entre les mains.

L’objet est beau, élégant, sobre.

Tous les critiques disent qu’il se lit d’une seule traite.

Je m’installe, confortablement, ouvre le livre, commence ma lecture.

…..

Je recommence….

Je me dis que quelque chose ne va pas. Le livre me tombe des mains…

Je n’arrive pas à me concentrer sur ce que je lis. Tout me semble confus.

Dès les premières lignes, je sais que je ne partagerai pas l’enthousiasme général.

Grand moment de solitude. Suis-je en train de passer à côté du chef-d’œuvre du siècle ?

Peut-être, suis-je fatiguée, me dis-je ? Je décide d’attendre le jour suivant pour reprendre la lecture. Mais le lendemain, rien ne change. J’avance dans ma lecture, tout en espérant comprendre l’engouement généré.

En vérité, mener cette lecture à bout me semble une épreuve.

Des registres de langue se mélangent sans raison. Une langue ampoulée, confuse, par moments. Un vocabulaire très littéraire : « abonnit, en trépassant, gourmander »…

Dès la première page, des fautes de français. L’auteur semble ignorer les emplois du subjonctif. L’absence de ponctuation (en fait, il y a des virgules) que certains ont présenté comme une invention géniale ne fait qu’alourdir le style. Depuis Proust et Claude Simon, beaucoup s’y sont essayé, avec plus ou moins de succès. Mais tout concourt ici à construire une logorrhée sans fin.

300 pages, qui se finissent sur un point d’exclamation. Les médias ont parlé d’un roman écrit d’une seule phrase. Ils auraient pu parler d’un roman en plusieurs fragments d’une seule phrase. La virgule, seule, est mise à contribution, en effet, tout au long du récit, pour exprimer les pensées d’une jeune femme, originaire d’Anjouan, en train de se noyer, au sens figuré comme au sens propre. Pas de point, donc ! Mais des pensées, oui ! Suspendues dans l’absolu, pendant qu’elle se noie.

Et c’est comme si elle n’avait pas de corps. Une voix ! Elle n’est qu’une voix qui ne fait naître aucune émotion. Les nombreux emprunts à la civilisation gréco-romaine laissent perplexe. L’impression qu’il aurait pu être écrit ou réécrit par une seconde main, dont les référents culturels seraient autres que comoriens.

Les interventions en creux de la narratrice (« nous verrons cela plus tard ») n’aident pas à saisir les enjeux du récit. D’ailleurs, y a-t-il un enjeu autre que politique dans ce texte, qui reprend un motif déjà couru, disant qu’une « comorienne » enceinte va en kwasa à Mayotte ?

L’impression que ce livre se résume à un exercice de style, creux et purement formel, assez mesuré pour plaire aux lecteurs français.
Ce qui est étrange, c’est de se rendre compte que cette jeune femme, qui évoque sa vie au moment de la quitter, existe à peine dans le roman.

Bref ! Beaucoup de bruits pour rien. Dommage pour les amis de Senghor…

Catherine Mournetas
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