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Ce n’est pas une Loi de Finance comme les autres. Dans une tribune libre publiée dans la Gazette du 4 novembre 2016, le président de l’ANC s’interroge sur l’orientation de la première Loi de Finance Azaly II et redoute l’impact négatif d’une pression fiscale trop grande sur les rares initiatives privées créatrices de richesses dans notre pays. Le député de Sima Dhulkamal Dhoihir, dans sa logique d’opportunisme politique, présente une autre lecture. Dans une interview parue dans Al-Watwan économique du 2 décembre 2016, il parle d’un « budget historique et ambitieux », que la majorité des parlementaires apprécient de façon positive. 


On parle en effet de 125 milliards de recettes dont 80 milliards proviendraient des recettes internes, et 40 milliards d’apports extérieurs. On prévoit également 134 milliards de dépenses résolument tournées vers l’investissement. A titre de comparaison, la précédente Loi de Finance 2015 inscrivait 40 milliards au chapitre de la dépense publique et 35 milliards des recettes. La loi de Finance Azaly II semble donc avoir intégré l’importance d’un budget conséquent au regard des besoins énormes et variés en matière d’investissements qui s’expriment dans le pays. 

Il faut toutefois se garder de succomber à la magie des chiffres au point d’escamoter la question de la faisabilité de ce budget à l’état actuel des choses. Il y a donc lieu de se demande comment les recettes internes des Comores vont-elles, en un temps record et dans l’impréparation totale, passer de moins de 35 milliards à un plus de 80 milliards, soit une augmentation en la matière de plus de 100%. Quelles sont les performances au niveau de la gestion, de l’activité économique et des finances enregistrées aux Comores ces six derniers mois qui peuvent inciter à cet optimisme béat? Les recettes extérieures de l’ordre de 40 milliards représentent-elles une hypothèse plausible? Quelle forme vont-elles prendre, d’aide budgétaire ou d’emprunt ? Quels sont les délais et les récurrences en termes de mobilisation de ces fonds ? Dans un contexte de la raréfaction de la générosité internationale ou eu égard à notre défaut de solvabilité… Autant de questions, mais très peu de réponses… 

Les quelques éléments de réponses glanées ici et là dans les interventions du ministre des Finances et celles du directeur du budget réfèrent à la fameuse Administration Générale des Impôts et des Douanes. La sécurisation et l’amélioration des recettes fiscales ne n’expliquent cependant pas dans l’absolu une progression de nos recettes internes dans les proportions annoncées qui vont au-delà de 100%. D’ailleurs le ministre des Finances parle d’une augmentation de 50% de recettes internes, ce qui représente plutôt 60 milliards et non 80 milliards…

Au-delà du caractère fantaisiste des chiffres, des obstacles opérationnels évidents à la mise en œuvre de l’AGID qui amoindriront sans coup férir les résultats escomptés en tout cas dans le court et moyen terme, ce qui interpelle, c’est le choix que sous tend la première Loi de Finance Azaly II. L’AGID issue de sempiternelles recommandations du FMI et de la BM, et les mesures qu’elle implique, confinent la première Loi de Finance Azaly II dans la logique exclusive de l’utilisation du levier fiscal comme réponse aux défis des Comores en matière d’organisation budgétaire et de financement du décollage socio-économique.

Il ne s’agit pas de décliner ce levier pour organiser la politique budgétaire et l’investissement dans le pays. Tout le monde doit avoir conscience du caractère inopérant de l’Etat providentiel et de la nécessité de l’effort national dans la construction du pays. Il s’agit de poser plutôt la question de la pertinence de son exclusivité da la recherche de solution au problème de financement auquel le pays est confronté. L’idée d’une solution interne au problème de financement du décollage socio-économique à l’œuvre dans la première Loi de Finance Azaly II qui passerait par plus de taxes est un mythe qui ne résistera pas à l’épreuve du temps et de la réalité. 

Le levier fiscal, si mieux organisé soit-il, ne peut prospérer dans le contexte comorien de sous-développement chronique caractérisé par une misère au quotidien, un chômage de masse, une absence de pouvoir d’achat et de consommation. Il aura un caractère brutal, inhumain et accentuera la saignée d’une population déjà meurtrie et plongée dans le désespoir, loin des rapports et des données macro-économiques des fonctionnaires de la BM et du FMI.

N’ayons pas la mémoire courte ! Sur les conseils biens avisés de ces institutions financières, Ikililou Dhoinine disait: « Je veux bien gérer le peu que l’on a… ». En clair, son ambition était de gérer la misère et la médiocrité ! La suite, nous la connaissons tous : plus de gabegie et plus de sous-développement et de désespoir ! La nouvelle marque de fabrique de nouvelles autorités s’appelle autofinancement par une mobilisation des ressources internes, un matraquage fiscal, improvisée et mal préparée. En clair, saigner le mourant pour le sauver…

Des ambitions antithétiques qui montrent que les deux gouvernances entretenues aux frais de l’argent du peuple ne sont pas porteuses d’analyse, d’approche adaptées, susceptibles de redonner confiance aux comoriens. Gérer la misère des comoriens n’a rien à voir avec les objectifs d’un pays émergent. On doit se garder d’employer une phraséologie empruntée. Un pays émergent se donne de réelles ambitions en matière de lutte contre le sous-développement, d’infrastructures économiques et sociales. Ce n’est pas dans la gestion comptable, parfois inhumaines et illisible préconisée par la BM et le FMI que l’on va avoir les moyens d’y parvenir. 

La discipline dans la gestion du pays en vue d’une utilisation rationnelle et efficiente de nos maigres moyens est certes une nécessité. Mais les autorités actuelles ne doivent pas la confondre les moyens et les stratégies qui permettent sur le long terme de rompre la spirale du sous-développement qui broie nos compatriotes durant des décennies. 

L’île Maurice et les Seychelles n’ont pas eu recours à la saignée de la population. Il faut donc que le mythe de la solution de financement interne du décollage économique des Comores cesse et que l’on s’engage réellement dans le combat difficile de faire venir aux Comores des capitaux privés dans des secteurs qui créeront des richesses, de la valeur ajoutée, des emplois, feront émerger aux Comores un pouvoir d’achat et une société de consommation. Le levier fiscal trouvera alors son plein régime et sa pertinence… Ce serait une gageure de miser sur lui pour l’heure… 

Ahmed Bourhane
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