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Ancien émissaire discret du « Guide » pendant près de quarante-cinq ans, le sulfureux cousin du raïs accuse l’Occident de cacher la vérité sur l’intervention de 2011 et réclame un dialogue national.

Il faut se présenter à l’accueil d’une résidence huppée, dans le quartier de Zamalek, au Caire. Trois agents de sécurité indiquent l’ascenseur. Un quatrième, cheveux gominés en arrière, attend sur le palier de l’appartement. Il y a trois ans, les forces de l’ordre égyptiennes avaient dû recourir à dix véhicules de police et essuyer plusieurs heures de fusillade avant de parvenir à déloger le cousin de Mouammar Kadhafi.
« Quand le pays sera sauvé, je mettrai tout mon savoir-faire
à sa disposition », déclare Ahmed Gueddaf Eddem.
© Barry Iverson pour JA

L’ancien président égyptien Mohamed Morsi avait donné l’ordre de l’extrader vers la Libye, où il est toujours accusé de crime contre l’humanité. Mais de bons avocats et le coup d’État du maréchal Sissi, avec qui il entretient de cordiales relations, ont empêché qu’il soit livré aux autorités de son pays.

Lové dans un salon oriental marqueté de nacre, le cousin de Mouammar Kadhafi, qui fut pendant près de quarante-cinq ans un diplomate de l’ombre pour le « Guide », mais aussi le complice et le confident du despote, a fait disposer des limonades fraîches et des pâtisseries au miel sur la multitude de tables basses. Avenant comme à son habitude, il lance un « bonjour ! » en français. Le reste de la conversation se poursuit en arabe, sous l’œil attentif d’une assistante et d’une caméra. Un brin paranoïaque, accusateur sans jamais fournir de preuves, l’ancien colonel de la Jamahiriya entend garder trace de tous ses entretiens.


Dans un bureau adjacent, l’homme en complet bleu ciel choisit l’une de ses plus belles cannes, en bois foncé surmontée d’un pommeau doré incrusté de pierres azur, pour désigner les photos qui recouvrent un pan entier de la pièce. Sa verve n’a d’égal que son ego : ici on le voit avec le président Sissi, avant que celui-ci devienne maréchal et président de l’Égypte postrévolution, là avec l’ancien Premier ministre français Alain Juppé, « le prochain président français », insiste-t‑il.

Jeune Afrique : Que savez-vous des derniers jours de Mouammar Kadhafi ?

Ahmed Gueddaf Eddem : Mon dernier contact avec lui remonte à la veille de son départ pour Syrte, le 27 août. Mouammar Kadhafi savait que sa cache avait été repérée par les forces de l’Otan, mais il restait optimiste. Deux mois plus tard, le 20 octobre 2011, après la prière de l’aube, il a entrepris de se déplacer avec ses forces. En sortant de son refuge, lui et son convoi ont été attaqués : plusieurs personnes ont été blessées et des gardes révolutionnaires assassinés. Des bombes chimiques asphyxiantes ont été larguées… Soixante-dix personnes ont perdu connaissance. Elles ont ensuite été tuées alors qu’elles n’avaient pas repris leurs esprits.

Savez-vous où il a été inhumé ?

Probablement à Misrata.

Savez-vous qui l’a exécuté ?

Mouammar Kadhafi a été trouvé par les forces occidentales, qui l’ont ensuite livré à des bandes de criminels. C’est un crime de guerre qui ne sera jamais oublié. Point final. [Il brandit un dessin représentant une Afrique ensanglantée, blessée par une étoile de l’Otan figée dans la Libye.]

Que vous inspire le rapport du Parlement britannique selon lequel les arguments de l’ancien Premier ministre David Cameron et de l’ancien président français Nicolas Sarkozy pour convaincre les Nations unies d’intervenir n’étaient pas justifiées ?

Je tiens à saluer le Parlement britannique d’avoir enfin dévoilé ces vérités. Ce ne sont pas des révélations pour la Libye, nous savions tout cela depuis longtemps. L’ONU et les pays membres du Conseil de sécurité – dont les États-Unis, qui ont reconnu que cette intervention était une erreur – doivent présenter leurs excuses pour le sang des innocents versés. Le tiers de la population a été déplacé à l’étranger, les infrastructures ont été détruites, les ressources, l’or ont été pillés, tout comme des monuments et des documents.

À cela s’ajoute la déstabilisation des pays voisins : le Mali, le Niger, le Tchad, l’Algérie, la Tunisie, l’Égypte subissent eux aussi les conséquences de cette invasion. Les Africains ont le droit de demander réparation.

Les actions de Nicolas Sarkozy en 2011 ont entraîné le terrorisme, la crise migratoire en Méditerranée et le déplacement de nombreux Libyens

Un carnet appartenant à l’ancien chef du gouvernement libyen Choukri Ghanem, retrouvé noyé à Vienne en 2012, et dans lequel sont détaillées des sommes qui auraient été versées à Nicolas Sarkozy pour financer sa campagne de 2007 a récemment été transmis à la justice française. Que savez-vous de cette affaire ?

C’est une affaire interne à la France, et cela ne concerne que les Français. Je ne suis en aucun cas impliqué, que ce soit dans le passé ou le présent. Les seules informations que je détiens sont celles divulguées par les médias. Ma seule inquiétude, ce sont les conséquences des actions de Nicolas Sarkozy en 2011 : elles ont entraîné le terrorisme, la crise migratoire en Méditerranée et le déplacement de nombreux Libyens. Nous attendons que la France reconnaisse qu’elle a commis une erreur.

Vous demandez des excuses, mais cela est-il suffisant pour sortir la Libye du chaos ?

Lorsque l’Occident aura présenté ses excuses, la Libye devra lancer un dialogue entre toutes les parties.

Qui sont ces « criminels au pouvoir » que vous ne cessez de dénoncer ?

Je ne désigne ni le général Khalifa Haftar ni Fayez al-Sarraj [le chef du gouvernement d’union nationale]. Je parle des bandes qui détiennent en otages des dizaines de milliers de personnes sur le territoire, qui ont acheminé des milliards de dollars hors de Libye vers la Turquie, la Grèce et la Tunisie, et torturé des milliers de personnes. Ces gens ont recruté des mercenaires de Boko Haram, des combattants venus de Syrie, du Pakistan, d’Indonésie.

On dit les kadhafistes ouvertement de retour sur la scène politique libyenne. Qu’en est-il ?

Les kadhafistes constituent une force effective qui comprend des tribus, des militaires, des élites… Aucune forme de stabilité ne pourra être établie si les partisans de la révolution d’El-Fateh ne font pas partie du processus.

Que proposez-vous ?

Le Front de résistance nationale, dont je suis le responsable politique, propose une tendance qui rompt avec le passé. Notre programme consiste à rapatrier les déplacés, libérer les détenus, faire revenir les élites intellectuelles, organiser des élections libres sous le parrainage des Nations unies et mettre en place un gouvernement impartial. Nous voulons aussi organiser un référendum pour décider du nouveau type de régime, de son hymne et de son drapeau. C’est la seule solution viable qui s’offre au pays.

Certains vous appellent « le président » dans votre entourage. Cela signifie-t‑il que vous avez des ambitions politiques dans la Libye de demain ?

Le pays est un bateau qui fait naufrage avec tous les Libyens à son bord. Il faut le sauver avant de penser à ses ambitions personnelles. Quand cela sera fait, je mettrai à la disposition du pays toute mon expérience, politique et militaire, mon expertise et mon aisance dans les relations internationales, ma bonne connaissance des tribus, pour l’aider à se reconstruire. J’ai apporté beaucoup de bonnes choses par le passé. J’ai fait quelques erreurs aussi. Mais c’est bien naturel, car les erreurs sont à la hauteur des responsabilités.

Vous prétendez disposer de 70 000 hommes, ce qui est difficile à croire. Où sont-ils stationnés ?

Principalement en Tunisie et en Égypte.

Pourquoi ne les déployez-vous pas ?

Admettons que nous fassions un tel sacrifice, qu’est-ce qui nous garantit que nous serons par la suite inclus dans le dialogue national ? Nos soldats ne sont pas à louer, nous sommes des révolutionnaires.

Une intervention internationale en Libye est-elle nécessaire ?

Non. Nous n’avons pas besoin d’une intervention étrangère. Elle serait perçue comme une provocation par le peuple. Ce pays n’avait jamais connu Daesh ni Al-Qaïda avant que l’Otan intervienne.

Vous restez prudent quant à vos relations avec les deux parties en présence en Libye. Khalifa Haftar, autour duquel se sont rassemblés des officiers de l’ancienne armée, est-il l’homme de la situation ?

Nous reconnaissons le Parlement instauré dans l’est du pays. Dans le même temps, le commandant Haftar s’échine à rassembler les forces militaires : c’est une étape positive. Nous devons mettre en place un gouvernement impartial qui puisse jouir d’un consensus auprès des Libyens ainsi que de l’approbation totale du Parlement en place.

Si vous vous dites satisfait des décisions prises par le général Haftar, pourquoi ne pas lui apporter un soutien officiel ?

Sans commentaire, c’est une question d’espion.

Qu’en est-il de Seif el-Islam, « en semi-liberté » à Zintan et qui s’activerait de son côté ?

Il peut apporter sa pierre à l’édifice.

Souhaitez-vous restaurer l’ancien régime ?

Non, même si les ennemis de la Libye eux-mêmes commencent à le regretter ! Nous voulons un nouveau régime, profitable à tous les Libyens. Mouammar Kadhafi était un leader exceptionnel, aucun successeur ne saurait être à sa hauteur.

Propos recueillis au Caire par Jenna Le Bras
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