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Dans l’espoir de trouver une nouvelle vie, plusieurs milliers de Malagasy embarquent chaque année dans des conditions inhumaines pour Mayotte, et s’exposent à de sévères désillusions à leur arrivée...
Le dessin de Nino : « Bienvenue à Mayotte »

Mathieu est pêcheur aux environs de la passe Sazikely à Mayotte et l’aube est le plus propice pour faire une bonne prise. Le 2 mai, comme à son habitude, il s’est levé de bon matin, vers 3h. Ce matin-là, la scène qui se produit sous ses yeux sort de l’ordinaire. « Ce matin, des cris de femmes et des pleurs d’enfants remplaçaient le chant de coq matinal. Ces cris ont duré un bon moment et après, le bruit d’un grand choc… Puis, plus rien, juste un silence et la mer a repris son cours, avec le bruit ordinaire de ses vagues » raconte-t-il. Cinq corps ont été repêchés, femmes et enfants qui ont perdus la vie avant d’avoir eu la chance de l’améliorer. Dans l’espoir d’avoir une vie meilleure que celle à Madagascar, les migrants passent la mer dans de conditions inhumaines.
« Ce matin, des cris de femmes et des pleurs d’enfants remplaçaient le chant de coq matinal. Ces cris ont duré un bon moment et après, le bruit d’un grand choc… Puis, plus rien, juste un silence et la mer a repris son cours, avec le bruit ordinaire de ses vagues »

La douane et la police aux frontières mahoraises sont bien conscientes de cette migration clandestine, mais elles manquent de ressources humaines et de matériel pour contrôler efficacement les frontières maritimes et mettre fin au trafic. En conséquence, 10 000 immigrés clandestins malagasy ont dû être rapatriés de Mayotte l’année dernière, de plus, une douzaine de gens ont perdu la vie à la poursuite de cet eldorado qu’ils pensent trouver à Mayotte.
Une traversée dangereuse vers… une désillusion !

La migration clandestine Madagascar – Mayotte en quelques faits

■ 2 mai 2016 : la vedette Kinga au départ de Nosy Be en emmenant plusieurs clandestins a percuté la vedette de la douane mahoraise aux environs de la passe Sazikely à Mayotte. Cinq personnes ont trouvé la mort dont trois femmes et deux fillettes.
■ 13 mars 2016 : rapatriement des jumeaux, Honorin et Honoré de l’île de Mayotte. Ces jumeaux ont été victimes de trafic d’enfant par voie clandestine.
■ 20 mai 2015 : une vedette transportant une vingtaine de passagers clandestins a chaviré au large de Nosy Be. Neufs personnes sont mortes dont cinq femmes et quatre enfants, sept portées disparues. D’après les informations venant des forces de l’ordre, ce naufrage a été causé par une panne électrique et la surcharge de l’embarcation.
■ Juillet 2015 : quatre personnes, dont une femme, présumés être des passeurs ont été placés en détention provisoire à la maison d’arrêt de Nosy Be. La femme a expliqué aux policiers qu’elle promettait à ces migrants un travail payé 1.000 euros par mois à Mayotte.

R. T. a déjà fait clandestinement la traversée Nosy Be jusqu’à Mayotte. Il est revenu au pays et nous l’avons rencontré à Antsiranana. Pour ce jeune homme, la recherche de l’eldorado à Mayotte a été très difficile et décevante. « Je voulais aller à Mayotte dans l’espoir de trouver une vie meilleure. De ce que j’avais appris de mes connaissances habitant là-bas, la vie y est meilleure qu’à Madagascar. D’autant plus que Mayotte est devenue récemment le 101e département français. Y aller et y vivre m’étaient devenu comme une obsession. Je me suis renseigné auprès de ceux qui ont déjà traversé et ceux-ci m’ont informé que pour traverser il fallait avoir en poche la somme de deux millions d’Ariary. Cette somme, il m’a fallu des années de dur labeur pour l’obtenir puisque j’étais mécanicien automobile. Chaque jour, je ne pensais qu’à l’argent que je devais trouver. Où et comment pourrais-je collecter une telle somme ? Mensuellement, je gagnais environ 150 000 Ar auxquels je devais encore soustraire les factures d’eau et d’électricité, le loyer et mes besoins quotidiens. Lorsque l’argent a enfin été collecté, après plusieurs années de restriction, un autre problème se pose. Comment trouver un passeur ? Oui, aller à Mayotte mais avec qui et comment ? 

Dans presque toutes les mers de la région nous pouvons avoir une vedette pour aller à Mayotte mais les plus connues sont celles de Ramena, de Nosy Be et d’Ambanja. Pour mon cas, j’ai décidé d’aller à Nosy Be, puisque c’est l’endroit que l’on m’a conseillé. » A son arrivée à Nosy Be, il fallait donc trouver un passeur. Chaque vedette a son passeur et c’est celui-ci même qui va à la rencontre des immigrants et les questionne sur leurs ambitions. En fait, les passeurs s’assurent que les candidats à l’immigration clandestine soient vraiment prêts et déterminés pour la traversée. Une fois la question réglée, le passeur réclame l’argent aux immigrants et indique l’endroit et l’heure d’embarquement. Ces renseignements sont tenus secrets entre le passeur, l’équipage de la vedette et les passagers. Ce qui fait qu’il est pratiquement et quasiment impossible d’arrêter une vedette transportant des clandestins à son départ. 

Durant la traversée et le débarquement, les migrants rencontrent différents et graves problèmes. R.T raconte « la vedette sur laquelle j’étais était petite et était habituellement utilisée pour la pêche. Nous étions 13 ou 14 passagers à bord. La traversée est dangereuse mais c’est un risque qu’il faut prendre. Il se peut que la traversée et l’embarcation réussisse à ne pas se faire repérer par la douane mahoraise. Dans ce cas, les passagers sont débarqués sur la plage ». Mais lorsque la douane repère l’embarcation, le capitaine abandonne les migrants en pleine mer et s’enfuit avec sa vedette. Il leur appartient de se débrouiller pour atteindre la plage. Arrivé à destination, R.T a cherché des amis malagasy en ville pour l’héberger et pour les repas. Il a réussi à trouver un ami, mais le problème de l’emploi s’est vite posé puisqu’il n’a pas de papiers. 

« Personne ne veut engager un clandestin » dit-il, « je n’avais pas de chance. Personne ne voulait m’employer et je n’ai pas pu avoir des papiers ». D’autres obtiennent leurs papiers en épousant des hommes ou des femmes habitant à Mayotte et ayant des papiers français. « J’habitais chez un ami malagasy et cherchais désespérément du travail. J’ai vécu cette situation pendant trois ans. J’en ai eu assez et je suis rentré à Madagascar. Je me suis déclaré aux autorités mahoraises et celles-ci m’ont rapatrié par avion. Néanmoins, je reviendrais peut-être à Mayotte, mais avant il faut que je me procure des documents légaux » raconte-t-il. L’histoire de R.T résume l’aventure mahoraise de ceux qui n’ont pas péri en mer.

Migration clandestine, mais aussi trafic d’enfants

D’après Zananesy Razafindrazily, responsable du centre d’écoute et de conseil juridique (CECJ) d’Antsiranana, des enfants font l’objet de trafic et passent par ces embarcations clandestines. En 2015, des jumeaux ont été victimes de ce trafic. Originaires d’Anketrakabe, Honoré et Honorin, habitaient chez leur tante et oncle à Diego Suarez. Après les avoir hébergés et éduqués dans leur foyer, leur tante et leur oncle les ont conduits dans une vedette à Nosy Be pour aller à Mayotte. Heureusement, un de leur voisin a téléphoné à la mère pour lui demander des nouvelles des jumeaux et également pour signaler que cela faisait plusieurs jours qu’ils n’avaient plus été vus dans les parages. 

Peu de temps après, la mère des jumeaux s’est rendue à Diego Suarez et a constaté que les enfants avaient effectivement disparu. Elle en a parlé au CECJ et celui-ci a pris la décision de contacter les autorités locales et celles de Mayotte. Ces dernières ont retrouvé les jumeaux et les ont rapatriés à Diego Suarez le 13 mars 2016. A la fin de l’enquête, la tante, nommé Marie-Jeanne et l’oncle, Jean de Dieu ont été incarcérés. A part les enfants, selon Zananesy Razafindrazily et appuyé par R.T, « la majorité des clandestins sont des femmes enceintes. Elles accouchent à Mayotte afin que leurs nouveau-nés aient la nationalité française ». Lorsque la traversée échoue, la fin est dramatique puisque mères et enfants perdent la vie.

Surveillance des frontières quasi-inexistante

Face à la recrudescence des cas de migration clandestine, plusieurs autorités dont l’Agence Portuaire Maritime et Fluviale (APMF), la police aux frontières (PaF), la police du service d’immigration, la gendarmerie des brigades port sont face à leurs responsabilités respectives. Selon l’inspecteur Jaona Ramanantsoa de l’APMF Antsiranana, l’agence s’occupe de tout ce qui est contrôle des embarcations. Elle assure la sûreté et la sécurité des navires en mer. Pour ce faire, l’agence contrôle les papiers des navires au débarquement et à l’embarquement. 

Elle se charge également de vérifier l’aptitude du navire à naviguer. Pour ce qui est de la PaF et de la police du service d’immigration, la première se charge de la vérification des papiers des ceux qui entrent et qui sortent du territoire. Selon les explications du commissaire de police, Christian Tombohasy, directeur provincial de la sécurité publique, la PaF s’occupe du contrôle du visa et du passeport. Quant à la police du service d’immigration, elle se charge de la délivrance du passeport, de contrôle des pièces et procédure nécessaire à l’obtention de passeport et vérifie également la validité de séjour. En ce qui concerne la gendarmerie, elle s’occupe du contrôle externe de matériel et des hommes. 

Tous les services pour prévenir ce type de trafic et pour y mettre fin sont donc en place, mais pourquoi autant de personnes réussissent toujours à sortir clandestinement du territoire et mettre en péril leurs vies ? Les différents responsables sont unanimes : les ressources matérielles et humaines manquent. Ce qui empêche un contrôle efficace des frontières. Plusieurs zones d’embarquements clandestines sont organisées à Nosy Be. Autour de l’île, il existe des centaines d’accès qui sont difficiles à contrôler. Le district de Nosy Be ne possède pas de brigade de port. Pour l’APMF, un seul véhicule est disponible pour effectuer toutes ses missions. En ce qui concerne la police, son ratio est de 3 policiers pour 1000 habitants à Madagascar. 

Et pour ce qui est de la marine de Madagascar, sept vedettes ainsi que deux remorqueurs côtiers sont les seuls matériels de contrôle maritime disponible pour toute la Grande île. Selon l’inspecteur Jaona Ramanantsoa, de l’APMF, les entités existantes ne suffisent pas « ce qu’il faut faire pour que baissent les migrations clandestines c’est de mettre en place un système de garde-côtes autres que les entités qui existent déjà, de former ses éléments et les doter de matériel efficace ».

« ce qu’il faut faire pour que baissent les migrations clandestines c’est de mettre en place un système de garde-côtes autres que les entités qui existent déjà, de former ses éléments et les doter de matériel efficace »Jaona Ramanantsoa, de l’APMF.
Ce qui pousse les migrants malagasy à braver tant de danger pour aller dans un pays qu’ils connaissent peu, tout en dépensant presque tout ce qu’ils ont, c’est en général la pauvreté. L’incapacité à satisfaire leurs besoins journaliers et la recherche d’un bonheur ailleurs. L’argent, un cadre de vie agréable, une sérénité pour leurs enfants dans le domaine de l’éducation et de la santé. Bref, tout ce qu’ils ne peuvent pas avoir à Diego Suarez, à Nosy Be, à Madagascar. Avec un PIB par habitant de 10,59 $ par an en 2014 (Banque mondiale) et une croissance de 3,3 %, l’économie du pays n’arrive pas à décoller. Le chômage et les difficultés quotidiennes font fuir les jeunes. 

Madagascar compte en 2015 plus de quatre millions de chômeurs, 70 % d’entre eux sont des jeunes. Sans emploi, ils ne peuvent pas subvenir aux besoins de leurs familles. La situation économique du pays ne permet pas de satisfaire à ces besoins vitaux de la population. Tant que l’économie ne se redresse pas, la tentation d’aller ailleurs subsistera et le nombre de personnes qui braveront les dangers pour aller là où ils espèrent mieux vivre continuera d’augmenter. Dans l’urgence, des mesures s’imposent soit par la coopération entre les îles voisines pour qu’au moins cessent les activités des trafiquants de migrants, soit par les propres initiatives du pays pour un meilleur contrôle des frontières, puisque les données indiquent clairement que ce sont les migrants les plus vulnérables (femmes et enfants) qui payent le prix fort des risques de ces sorties illégales du territoire.
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