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© www.habarizacomores.com (Habari Za Comores)-
A Marseille - «Il chante en comorien et en français et parle pour ceux qui n’arrivent pas à se faire entendre. Artiste engagé, leader incontesté, ce soldat qui n’hésite pas à monter sur le front en première ligne s’appelle Cheikh Mc.» Ainsi présente-t-on le numéro 1 du Hip-hop made in Comores. Nous l’avons rencontré à Marseille dans le cadre de l’édition 2016 du festival Africa Fête, quelques heures avant son concert à l’espace Julien. Abderémane Cheikh de son vrai nom, évoque dans un entretien à bâtons rompus avec nous, sa musique, ses ambitions et nous confesse tout son attachement à la musique sénégalaise ainsi que son respect pour Youssou Ndour et Didier Awadi qu’il considère comme son parrain.

Veuillez-vous présenter à nos lecteurs 

Je m’appelle Cheikh Mc. Je suis né, j’ai grandi aux Comores. Je suis un artiste rappeur de profession. 

On dit de vous, «leader du hip-hop comorien». Avec l’arrivée de la nouvelle génération, conservez-vous toujours ce titre ? 

Je ne considère pas trop les titres. Je ne sais pas, si je suis toujours leader. Mais effectivement j’ai tenu le drapeau de cette musique pendant plus de 20 ans aux Comores. Malheureusement, aujourd’hui on n’a plus beaucoup d’artistes qui brillent à l’international. Toutefois, on continue à faire des grandes choses. Je suis toujours dans mon rôle d’aîné. Pour les titres, c’est autre chose. 

Est-ce que le hip-hop est bien pratiqué aux Comores ? 

Le rap est une musique qui est très écoutée. C’est la musique la plus pratiquée par les jeunes chez nous. C’est une musique qui est très consommée. 

Quel regard portez-vous sur la musique comorienne en général ? 

On est en période de transition entre l’entrée de l’électro qui croise la musique traditionnelle et les instruments traditionnels qui doivent se croiser, pour un métissage de musique. Je crois qu’on est à un moment intéressant de la musique comorienne parce qu’on a la Tora, la musi­que traditionnelle pratiquée auparavant par les gnoss qui est devenue une des musiques les plus consommées par la population. Cette musique doit maintenant s’adapter à la musique internationale et se trouver une place auprès du grand public. En même temps, il y a le rap qui s’est bien installé. Tous les jeunes écoutent du rap. Avant, il y avait un fossé entre les deux. Maintenant il faut les mélanger. D’ailleurs, je travaille beaucoup sur ça : mélanger ces deux musi­ques pour faire en sorte que le rap n’ait pas de suprématie sur les rythmes anciens. Au contraire, qu’il les utilise comme base. 

Donc vous faîtes un mélange entre le rap et les sonorités du terroir ? 

Je fais du rap à la base. Mais je puise des rythmes dans la musique traditionnelle comorienne pour donner des couleurs à ma musique. C’est d’ailleurs mon projet en cours. Je suis dans la recherche au niveau de la langue, des instruments pour essayer de ramener une couleur… La couleur de la musique de nos ancêtres. Notre problème aux Comores, c’est qu’on se considère comme musique traditionnelle, la Tora est une mu­sique qui date juste de quelques décennies, 6 ou 7 décennies et cela nous est venue de l’Arabie. Cette musique est considérée comme étant la nôtre, parce qu’elle a été adaptée à notre propre Tarab. Mais on retrouve le Tarab en Tanzanie, en Syrie, en Egypte … Nous, on va chercher maintenant ce qu’il y avait avant le Tarab. Et ce sont ces sons-là, qu’on espère mettre en avant, proposer ça à l’international en espérant que d’autres vont les reprendre.

Enfant du tiers monde a fait sensation, à travers le monde. Quelle est aujourd’hui la vie de cet album ? 

Effectivement, l’album Enfant du tiers monde a fait un bon impact parce qu’on a eu de bons retours. On a fait plusieurs concerts. Je pense qu’on a dépassé la soixantaine de concerts. Aux Comores, en France, au Maroc, au Seychelles, à la Réunion dans plusieurs pays. Aujourd’hui justement je suis en train de faire la suite. Enfant du tiers monde était une fenêtre ouverte pour montrer au monde la vie d’un jeune Comorien en particulier, et la vie d’un Africain en général. Ses aspirations, ses espoirs, ses envies pour qu’il ait une identité et de l’espoir. J’ai voulu dire aux gens que, malgré ce qu’on veut leur montrer à la télé, le jeune Africain a des choses positives. 

Maintenant, on va dans la suite qui est une sorte de carte postale, pour montrer qui nous sommes en vrai. Pour nous-mêmes, il faut qu’on sache qui on est. Il ne faut pas que ce soient les autres qui nous découvrent et sachent qui on est. Parce que, pour l’instant, par exemple pour un jeune français, Cheikh MC c’est le jeune Africain. C’est le jeune noir, ça lui suffit... Moi j’ai besoin qu’il voit qui je suis, quelles sont mes aspirations, quels sont mes projets. Pour eux, le projet du jeune Africain : c’est de venir les rejoindre. Pour d’autres communautés, pour d’autres pays, ils ont besoin de voir que nous, on réfléchit aussi. On a nos idées, on a nos visions qui sont différentes des leurs. C’est ça la richesse du monde. C’est cette démarche que j’essaie de faire connaître. Mon prochain album va suivre exactement la même logique que Enfant du tiers monde. 

Beaucoup d’artistes viennent en Europe pour faire décoller leur carrière. A vous entendre, on a l’impression que vous n’êtes pas dans cette logique 

Je pense que la grande victoire d’un artiste c’est de pouvoir se construire. Aux Comores, je n’avais pas de studio pour le hip hop. On allait dans les studios grand-public avec les bandes. On avait des pistes limitées alors qu’on avait besoin de plusieurs. On avait de gros «crew». Per­sonne ne voulait poser sur le même titre. Il fallait créer un studio, créer les conditions de travail. C’est ça la victoire parce que, si aujourd’hui on se déplace pour venir en France et jouer, c’est parce qu’on s’est battu pour être à niveau. Ici, ils ont les meilleures conditions de travail parce qu’ils les ont créées. Donc on doit se battre. Je suis vraiment fier des artistes sénégalais ou des autres pays africains. 

Je suis fier de Youssou Ndour et Awadi qui ont créé les bonnes conditions chez eux pour pouvoir travailler. Car la musique, au-delà de la technique, il y a l’environnement aussi. Ça contribue. Il y a une couleur locale, une spiritualité, un état d’esprit, l’atmosphère, tout cela contribue à quelque chose. C’est vraiment important de rester chez nous. Etant un artiste engagé, il faut rester chez soi, sinon on perd en crédibilité. Pour qu’on nous écoute, les gens doivent nous voir nous battre nous-mêmes, avant qu’on ne leur dise réveillez-vous. Il faut qu’ils nous sentent réveillés. Donc ça fait partie de notre cause…Je n’étais pas dans les conditions pour venir en France. Donc je n’avais aucun espoir. J’ai commencé à construire là où j’allais vivre et après, j’ai ouvert les portes qui m’ont permis de sortir du pays. Mais sortir pour revenir, à chaque fois meilleur.

C’est ça ma vision. C’est comme ça que je vois les choses. C’est pour ça que je suis resté. Je pense travailler mieux aux Comores qu’ici (Ndlr, en Europe). 

Parlez-nous de votre Ep : Paix révolution ?

Paix révolution est un projet que j’ai décidé de sortir entre mes deux albums. Je l’ai fait à un moment où je sentais que je devais le sortir. Il fallait parler de révolution. Donc j’avais fait le texte qui donnait ce qui devrait être les exigences de la jeunesse envers l’Etat. Ça m’a permis de mettre d’autres titres. Toujours dans l’idée de l’ouverture. C’est un Ep de 7 titres hip-hop. Ça a fait un bon impact. Il a été associé à mes activités, mon activisme politique aussi. C’est tombé sur une période où il fallait le faire. Car cet album est devenu le projet qui a amené Cheikh Mc en prison. Mais c’est un projet que je porte avec beaucoup de valeurs. Une révolution est à la base de toute démocratie. La vraie démocratie doit passer par la révolution. Elle ne veut pas forcément dire le sang parce que chez nous, on a peur du sang. On a peur des morts. On a fait une guerre avec toutes les armées de l’Afrique pour déloger un dictateur sur une île et il y a eu zéro mort. Pour vous dire que «révolution» ne veut pas dire forcément le sang. Malheureusement, le sang on la verse maintenant. C’est le système qui nous fait verser le sang.

C’est quoi le type de révolution que vous prônez ?

Faire une révolution, c’est créer les conditions pour éviter que des gens ne partent prendre des risques, prendre des bateaux pour aller mourir entre Angers et Mayotte ou juste leur permettre d’aller sur cette partie du pays parce qu’ils ont le droit. Faire la révolution c’est exiger l’éducation, car elle est la seule solution pour sortir de la pauvreté. Je ne suis pas le premier à le dire. La santé est importante. Notre état de santé détermine le respect de l’Etat envers son peuple. Aux Comores, nous considérons qu’on est méprisé. Donc ce sont des choses que je développe sur trois thèmes : éducation, santé et justice… C’est l’éducation pour lutter contre la pauvreté, la santé pour inculquer les valeurs de dignité humaine aux citoyens et la justice pour que chacun se respecte et connaisse ses conditions de vie, ses droits et devoirs. Il fallait dire tout cela en musique. Et c’est en cela que l’Ep Paix et révolution était important...

Gilles Arsène TCHEDJI - Lequotidien © www.habarizacomores.com (Habari Za Comores)
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