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© www.habarizacomores.com (Habari Za Comores)-
DOCUMENTAIRE. Comment procède-t-on pour traiter les malades mentaux au Sénégal ? Le réalisateur Joris Lachaise lève un coin du voile avec sa caméra.

Regards fixes sur fonds blancs. Corps avachis au milieu de couloirs sordides et paroles confuses. Sourires indécis, sans objet. Si les premières images de Ce qu'il reste la folie surprennent, c'est par la géographie qu'elles évoquent. Largement blanche, l'imagerie classique de la folie au cinéma, avec enfermement et autres violences quasi médiévales, est ici portée par des visages noirs. Ceux de l'Hôpital psychiatrique national de Thiaroye, importante structure médicale sénégalaise entièrement consacrée aux troubles psychiques et située en banlieue de Dakar. 

L'image tremble légèrement. Caméra à l'épaule, Joris Lachaise s'aménage une place parmi les patients et le personnel hospitalier. Une place muette et précaire. Susceptible à tout moment d'être remise en cause. Rejetée. Enquête subjective, ce documentaire tourné entre 2011 et 2014 déplace la grille de lecture occidentale de la maladie mentale. Tout en proposant un état des lieux de la décolonisation des esprits au Sénégal.

Sur les pas des Maîtres fous

Ce n'est pas la première fois que Joris Lachaise met son goût du film ethnographique au service de l'Afrique. Dans Convention : mur noir/trous blancs(2011), il partait de la célébration du cinquantenaire de l'indépendance au Mali pour interroger la fonction du rhapsode et déployer un poème visuel à la lisière du documentaire et de l'autofiction. Commencé à l'occasion d'une résidence avec la compagnie de danse SB03 pour la création de la pièce Ici, ce long-métrage était déjà marqué par la figure de Jean Rouch, à travers qui Joris Lachaise s'est familiarisé avec l'anthropologie visuelle. « Les Maîtres fous (1956) est pour moi une sorte de scène originelle. Dans Ce qu'il reste de la folie, je dialogue avec ce film consacré à la secte religieuse des Haoukas au Ghana. »

 Bien que jamais cité, l'inventeur de l'ethnofiction est en effet présent derrière chaque plan du documentaire de Joris Lachaise. Tout comme Michel Foucault et les tenants de l'antipsychanalyse. Ce qu'il reste de la folie est une traversée de la folie au Sénégal tantôt rationnelle tantôt dantesque. Un mélange d'entretiens et de séquences filmées dans l'Hôpital psychiatrique national de Thiaroye ainsi que dans divers lieux consacrés au traitement de la folie. « Mon travail avec des chorégraphes a beaucoup influencé ma manière de construire un récit. Si je me suis beaucoup documenté en amont, j'ai tâché de me défaire de tout a priori au moment du tournage, et d'instaurer une réciprocité dans la captation. » Entre transe et réflexion, la technique de Joris Lachaise épouse les différentes approches de la maladie mentale au Sénégal. Ses étrangetés et ses contradictions.

Joe Ouakam, L’insolent. Dans le film, il est un personnage dramatique à la fois peintre, acteur, et plasticien extravagant. © E.D Distribution

Entre rites et psychiatrie

Après une première déambulation dans le labyrinthe hospitalier de Thiaroye, où l'on fait entre autres connaissance avec la réalisatrice et romancière Khady Sylla ainsi qu'avec le docteur Sara Sey, la caméra valseuse du réalisateur s'arrête dans la cour de la maison familiale de Fatou Kindiarra. En pleine cérémonie de Ndeup, thérapeutique animiste qui utilise la force et le pouvoir du groupe. Ancienne malade, cette femme s'apprête à être consacrée guérisseuse d'âmes. Elle incarne alors un entre-deux inexistant dans la conception occidentale de la folie. Une position frontière qui intéresse particulièrement Joris Lachaise. S'il a fait de l'hôpital de Thiaroye le centre de son documentaire, le réalisateur s'est en effet penché sur le travail d'Henri Collomb au sein du service psychiatrique de l'hôpital de Fann, fondé à Dakar en 1958 dans le sillage de l'action de Franz Fanon en Algérie.

 « À cette époque, il existait au Sénégal des points de rencontre entre psychiatrie et méthodes traditionnelles de prise en charge de la folie. L'hôpital de Fann en fut un illustre exemple », affirme Joris Lachaise. Ce qu'il reste de la folie montre ce qu'est devenu ce dialogue : un carrefour de discours qui s'affrontent souvent, et convergent rarement. Après une phase syncrétique, le traitement officiel de la folie est donc redevenu occidental. À quelques exceptions près, que le film de Joris Lachaise pointe subtilement. En s'effaçant derrière la parole des patients, membres du personnel hospitalier, du centre Roqya – entre médecine, islam et pratiques traditionnelles – et des habitants du village de Fatou, le réalisateur donne à voir les corps et les langages de la folie. Dans toute leur diversité.

Langues cassées

"Il y a Khady, une femme dont les écrits et les images quʼelle tourne ne parviennent pas à sauver du tourment. Elle qui aimerait tant parvenir à nommer ce mal qui tournoie dans son esprit." © E.D Distribution
En filmant dans une parfaite continuité l'hôpital de Thiaroye et les lieux extérieurs, Joris Lachaise fait se côtoyer des états de corps et de langue qui dans le réel se rencontrent peu. Après un entretien entre Khady Sylla et son ancien psychiatre Sara Sey, qui après des années lui révèle enfin le nom de sa maladie, on pénètre sans transition dans la cour de Fatou. Laquelle, pour pouvoir passer du statut de malade à celui de guérisseuse, doit nommer l'esprit qui la hantait. Et ces deux rapports au verbe ne sont pas les seuls à traverser Ce qu'il reste de la folie. Chaque personne filmée par Joris Lachaise a sa propre manière de dire ce que certains appellent « folie ». 

D'autres « possession ». Un jeune homme, par exemple, dit son matricide avec une logique et une lucidité étonnantes. Un autre ne parvient pas même à vocaliser ses troubles. Les premières images très « cour des miracles » laissent donc rapidement la place à un examen beaucoup plus aiguisé. À une poésie aussi, que la présence discrète et fragile de Joris Lachaise derrière sa caméra à peine vacillante souligne en toute délicatesse. Sorte de passeur entre les murs de l'hôpital et leurs alentours, l'artiste Joe Ouakam incarne cette beauté rejetée à la marge. Avec son mutisme et ses gestes théâtraux, imprévisibles, il lie entre les fragments de Ce qu'il reste de la folie. Même si pour lui, la folie n'existe pas. Joris Lachaise, de son côté, laisse la question ouverte. Ce qui est sans doute la meilleure manière de critiquer la marginalisation des prétendus « fous » en Occident... 

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