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© www.habarizacomores.com (Habari Za Comores)-
La protection des biens publics est devenue un impératif de l’action étatique dans de nombreux pays. C’est le cas notamment en Afrique où on retrouve sa déclinaison institutionnelle, à travers la mise en place d’une instance nationale de protection des biens publics (INPB) comme c’est le cas au Maroc. Aux Comores, la viabilité de ce type d’action publique semble encore buter sur des considérations inavouées de la caste des nomenklaturistes. 

En effet, la protection des biens publics s’inscrirait bien souvent dans de pernicieuses stratégies électoralistes dont le gain escompté par leurs promoteurs ne serait autre que l’obtention de suffrages en temps d’élection. C’est en tout cas ce qu’inclinent à penser une frange importante de la population de la ville d’Itsandra Mdjini dont la route nationale 1 (la seule route qui relie l’aéroport international Prince Said Ibrahim et la Capitale de l’Union des Comores Moroni) qui la dessert a subi une destruction (opportuniste ?) de la part des pouvoirs publics pour ensuite connaître une réhabilitation quelques jours seulement après les résultats du premier tour du dernier scrutin présidentiel. Heureuse coïncidence s’il en est mais qui n’a pas pourtant manqué de susciter l’étonnement général au sein de la collectivité de cette ville. 


Si la concomitance entre le redémarrage des travaux de réfection de la route et le début de l’entre-deux tour a prêté le flanc aux commentaires les plus suspicieux au sein de la population, une certitude semble faire consensus. Le candidat soutenu par le pouvoir sortant étant arrivé en troisième position dans cette localité espérait sans doute pouvoir bénéficier d’un gain de popularité à travers le lancement des travaux de réhabilitation de ce tronçon qui a été accueilli avec beaucoup d’enthousiasme dans cette localité. A pied d’œuvre sur ce chantier, la présence de la société Colas annonçait la fin d’un calvaire auquel cette population s’était accommodée à son corps défendant. Mais depuis deux mois déjà, le bruit familier des ronflements des engins de la compagnie Colas qui rythmait jusque-là le quotidien de cette ville a laissé place au silence. 

Certes, une bonne partie des travaux de la route prévus par le chronogramme a été respectée, notamment son remblai, mais la phase terminale du bitumage n’a jamais vu le jour. L’interruption soudaine du chantier par la société adjudicataire a donné lieu à moult interrogations. Que s’est-il passé ? Telle est la question qui revient sur toutes les lèvres. Une question sur laquelle restent mutiques les deux protagonistes de ce dossier, à savoir la société Colas et l’autorité publique. Aucune communication officielle sur ce sujet n’a filtré depuis l’arrêt des travaux. Un silence que vivent très mal les habitants de la ville d’Itsandra Mdjini et dont le quotidien les expose à des risques sanitaires aux conséquences insoupçonnées.

Il faut dire que le chantier déserté par Colas incommode de plus en plus la population environnante qui subit à longueur de journée et au gré du trafic routier les désagréments causés par la poussière. L’unique marché de la localité situé à quelques encablures de ce qu’il est désormais convenu d’appeler la « route rouge » n’échappe pas aux conséquences fâcheuses qu’a induites l’arrêt de ce chantier. Inutile de faire un dessein sur ce qu’il advient des denrées alimentaires qu’on y vend. Pire, dans les cénacles familiaux, on s’inquiète devant l’éventualité d’une montée de maladies respiratoires causées par l’importante poussière qui s’invite dans les domiciles. Devant ce tableau morose, d’aucuns se demandent aujourd’hui s’il fallait deviner plus tôt que la poursuite des travaux de réhabilitation de cette route était subordonnée à l’issue du second tour selon qu’elle devait être favorable ou non au candidat du régime finissant. 

La ville d’Itsandra Mdjini a-t-elle eu la candeur de croire que la route qu’on leur a fait miroiter n’était autre chose qu’une action publique, gouvernée par la recherche de l’intérêt général, faisant suite à leur demande sociale pressante ? Fallait-il voir dans la démarche des pouvoirs publics un appel de pied électoraliste en direction de la population, tout ceci dans la perspective du deuxième tour de l’élection ? Pour beaucoup, la question ne se pose même plus. Malheureusement, le silence dans lequel se terrent les pouvoirs publics à propos de cette question épineuse est de nature à conforter cette certitude. Autre certitude, en temps de conjoncture électorale, la course aux postes de pouvoir donne lieu bien trop souvent à des pratiques débridées dont les dépositaires de l’autorité publique ont l’art du secret (et parfois le secret de l’art). Les tribulations de la ville d’Istandra Mdjini ne relèvent donc pas de l’anecdotique. 

Ce qui nous pousse à poser ces deux questions préjudicielles : la protection de la Res Publica serait-elle menacée par les turpides électoralistes de certains tenants de l’autorité publique ? Sacrifier l’intérêt général sur l’autel des intérêts partisans serait-il devenu un effet d’habitus au sein de la classe gouvernante comorienne ? Autant d’interrogations légitimes qui continueront de faire sens face aux insincérités croissantes des gouvernants. A l’heure où le nouveau régime s’installe, la question du dédommagement des populations victimes de cette « politique de gribouille » se pose avec acuité. Le regard est désormais orienté vers la réaction des nouvelles autorités publiques qui devront prendre à bras-le-corps ce dossier d’intérêt général surtout en cette période de Ramadan qui s’annonce.

Djamil Boinali, enseignant en Science Politique à l’Institut d’Etudes Politiques de Madagascar
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