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C'était le 19 décembre 1976, il faisait beau à Majunga (ville portuaire de la côte nord-ouest de Madagascar, capitale de la province de Majunga) et tout le monde vaquait à ses occupations. Soudain, un enfant de la tribu Betsirebaka (tribu qui vient du Sud de Madagascar) se présenta dans une cour d'une famille comorienne du quartier Fifio (quartier de Mjunga) pour y faire ses besoins. Excédé par cet acte, un membre de la famille comorienne attrapa cet enfant et l'a barbouilla de ses propres excréments. Ce geste fut considéré par les Betsirebaka comme un affront et une atteinte à leur culture (une souillure ). Alors, Ils exigèrent réparation aux représentants de la Communauté comorienne. Ces derniers leur proposèrent un zébu et de l'argent. Mais les Betsirebaka montèrent les enchères et refusèrent catégoriquement toute sortie de crise à l'amiable.

Au lendemain, le rutaka ou massacres débuta dans le quartier de Mahabibo, tout près de la mosquée de Vendredi. Durant trois jours, des Antandroy (tribu du Sud qui signifie « ceux des épines »), soutenu par des Betsirebaka procédèrent à des assassinats à la machette, à des mutilations et à des viols dans les familles comoriennes. Ils incendièrent le quartier de Manga (un quartier où habitaient la plupart des Anjouanais) et saccagèrent les maisons de l'Abattoir (le quartier où vivaient les Grands Comoriens). Le bilan s’élèverait à 2.000 personnes (il n'y a pas un chiffre exact du nombre de morts). Le nombre de personnes rapatriées vers les Comores par la compagnie Sabena (compagnie aérienne belge) est de l'ordre de 17.000 dont 1200 à Mayotte.

J'ai découvert l'ampleur de ces massacres en 1992, à Majunga, lorsque mon ami le Dr Ali Affandi m'a permis de faire la connaissance d'une étudiante française (Marie Celton) de l'INALCO ( Institut National des Langues et Civilisations Orientales). Celle-ci préparait un mémoire de maîtrise d'histoire intitulé «Le Rutaka de 1976 ». Elle a sollicité mon aide pour réaliser ses enquêtes sur le terrain

Au cours de nos enquêtes, nous nous sommes posés un ensemble de questions, notamment l'origine de ces massacres, l'immobilisme des forces de l'ordre malgache pendant le déroulement des massacres, l'absence d’indemnisation des victimes par l’État Malgache et le devenir des rapatriés.

L’histoire d'un enfant barbouillé d'excréments est sans aucun doute un prétexte pour se débarrasser de la communauté comorienne. Cette thèse est confirmée par les différents témoignages que nous avions recueillis auprès des différentes catégories socioprofessionnelles malgaches de Majunga. A la veille de ces massacres, les Comoriens étaient considérés comme des « envahisseurs », des « parasites », des « méprisants », etc.

Durant les trois jours de massacre, aucune force de l'ordre n'est intervenue à Majunga pour stopper la barbarie des Betsirebaka et des Antandroy. Certains témoignent que la police de Mahabibo «a donné un coup de main aux Betsirebaka et des Antandroy pour en finir avec ces emmerdeurs». Cette thèse n'est pas à écarter car le premier comorien mort fut assassiné au commissariat de police de Mahabibo. Et ce n'est que le troisième jour, après le déclenchement de massacres, que les forces de l'ordre, qui se trouvaient à Diego Suarez, ont intervenu. Donc, cette réaction tardive des forces de l'ordre montre, d'une façon explicite, la position ambiguë du gouvernement malgache lors de ces événements.

En ce qui concerne la question de l’indemnisation des victimes de ces massacres, elle était posée entre le gouvernement malgache et l’État comorien. Selon l'ex ministre des Affaires Étrangères comorienne de l'époque, Monsieur Mouzaoir Abdallah que nous avions rencontré en novembre 1992, l'indemnisation des victimes des massacres de 1976 a été acceptée par les autorités malgaches dans un livre blanc (nous n'avions pas vu ce livre). Ce dernier, qui était le principal négociateur du rapatriement des rescapés, dit que ce sont leurs successeurs qui devaient régler ce litige. Finalement les victimes du rutaka n'ont jamais été indemnisées car l'ancien régime du président Abdallah avait imputé la responsabilité des massacre au président Ali Soilihi.

Pour les rapatriés, la plupart ont quitté les Comores après le coup d'état du 13 mai 1978. Un grand nombre de ces gens-là, surtout ce qu'on appelle Zanatany (une population qui s'est installée loin de son pays d'origine mais qui garde avec ce dernier des liens privilégiés) sont retournés à Madagascar: « Même si nous avions frôlé la mort ici, ce pays reste le nôtre car nous y avons passé la grande partie de notre vie » (entretien, l'Abattoir,11 juillet 1992).

Par conséquent, comme le souligne le journaliste Kamal Eddine SAINDOU, les massacres de Majunga ou kafa la Mdjangaya (la catastrophe de Majunga) montrent « une opération planifiée qu'à un simple excès de colère d'une famille bafouée dans son honneur »(Kashkazi n°58, décembre 2006). En ce qui me concerne, à travers les enquêtes effectuées à Mjunga en 1992, le ruta reste la plus grande tragédie de l’histoire de l'immigration comorienne car, pour la première fois, toute une communauté était livrée à la barbarie humaine sans aucune défense. 

Je me souviens d'un jeune du quartier de Mourafine qui racontait, avec une forte émotion mélancolique et des larmes, l’histoire de son frère démembré. Je me souviens encore du grand Cheikh Mansour (originaire de la ville d'Ikoni, en Grande Comore) qui évoquait, dans sa maison de l'abattoir, le récit épouvantable de la jeune femme qui a perdu l'usage de la parole depuis le jour qu'elle a accepté, sous la menace pesante des Antandroy, de couper la tête de son propre frère pour sauver sa vie. Je garde amèrement l'image du cimetière d'Antanimasaja où aucune sépulture n'atteste la présence des morts de ces massacres". Par Ibrahim Barwane
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