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FIGAROVOX/TRIBUNE - L'État islamique, qui s'est emparé de Palmyre le 20 mai, y a exécuté plus de 200 personnes dont 67 civils. Pour André Bercoff, plutôt que de s'indigner, il est temps que les hommes politiques occidentaux hiérarchisent leurs priorités.

André Bercoff est journaliste et écrivain. Son dernier livre Bernard Tapie, Marine Le Pen, la France et Moi est paru le 9 octobre 2014 chez First.

Sommes-nous vraiment loin de Palmyre? La perspective de voir nos chers djihadistes, après les bouddhas de Bamyan, les manuscrits de Tombouctou et les statues de Ninive, s'attaquer à l'un des plus illustres patrimoines de l'humanité, suscite, partout ou presque, une indignation légitime. Mais comme chacun sait, l'indignation est la chose du monde la mieux partagée, puisqu'elle ne mange pas de pain, s'inscrit le plus souvent dans l'éphémère et ne prête pas à conséquence. 


Ici, on proteste, on pétitionne, et, plus rarement, on défile. Là-bas, on décapite, on esclavagise, on crucifie hommes, femmes et enfants dans l'égalité d'une barbarie sans nom.

Ici, on proteste, on pétitionne, et, plus rarement, on défile. Là-bas, on décapite, on esclavagise, on crucifie hommes, femmes et enfants dans l'égalité d'une barbarie sans nom.

Sans être expert en géopolitique ou en stratégie, il se murmure avec raison que bombarder les colonnes de Daesh fonçant de Raqqa à Palmyre n'était pas chose malaisée, puisque ce théâtre des opérations s'inscrit en plein désert. Nous ne sommes plus dans les montagnes de l'Afghanistan et dans les grottes de Tora Bora, mais dans l'infinie transparence du sable, où les cibles sont forcément à découvert. Dès lors, un enfant de huit ans peut se poser logiquement la question: pourquoi la sainte alliance américano-franco-arabique n'a-t-elle point bombardé les djihadistes avant qu'il ne soit trop tard? Réponse: parce qu'il ne faut surtout pas avoir l'air de soutenir Bachar El Assad. 
Nous avons donc tout loisir d'agir en Irak mais pas en Syrie. Nous, occidentaux lucides et visionnaires, armons donc des Irakiens qui n'ont rien de plus pressé que de décamper devant l'ennemi en abandonnant armes sophistiquées et bagages de pointe; et recherchons désespérément des rebelles syriens qui n'auraient aucune proximité avec les militants du Califat. Nous les armons, les aidons, avant de constater, là aussi, leur désertion rapide et leur fusion avec les troupes d'Abou Bakr El-Bagdadi.

Est-ce à dire qu'il faut blanchir Bachar El Assad? Évidemment non. Les ennemis de nos ennemis, surtout s'ils revêtent les oripeaux sanglants de la dictature, ne peuvent être nos amis. Il est pourtant des priorités. Des ennemis principaux et des ennemis secondaires. Saddam était de la pire espèce des tyrans, mais son départ a eu les conséquences que l'on sait. Kadhafi appartenait à la même engeance, mais sa disparition a fait de la Libye le leu géométrique de toutes les immigrations, de tous les désordres et de l'extension continue des champs à l'état sauvage. Le drame absolu du Moyen-Orient est que, une fois l'arc-en-ciel du Printemps arabe dissipé, ne demeure jusqu'ici que l'alternative terrible entre dictature militaire et chape de plomb islamiste. Sissi ou Morsi: en Egypte comme ailleurs, il faut hélas choisir. Comparaison n'est pas raison, mais il est permis de se rappeler que Churchill connaissait parfaitement les crimes de Staline, ce qui ne l'a pas empêché de rechercher à tout prix une alliance avec lui contre Hitler. La hiérarchie des priorités, y compris dans l'œil du cyclone, est le mal nécessaire qui incombe à l'homme d'État.

La hiérarchie des priorités, y compris dans l'œil du cyclone, est le mal nécessaire qui incombe à l'homme d'État.

Nos politiques, quant à eux semblent ne voir pas plus loin que le bout de leur électorat. Comme disait Jacques Prévert: «Il ne faut pas laisser les intellectuels jouer avec les allumettes»; les politiques ne sont pas mieux lotis. Tout se passe, aujourd'hui, comme s'ils ne pensaient plus guère aux conséquences à moyen terme de leurs actions. Comme l'écrit Byung-Chul Han dans ses remarquables Réflexions sur le numérique (Éditions Actes Sud): ««Mon électorat, c'est moi», signifie la fin de l'homme politique, au sens plein du terme, c'est-à-dire celui qui soutient jusqu'au bout sa position et qui, au lieu de se conformer aux vœux de ses électeurs, les devance par sa vision. Le futur, comme catégorie temporelle du politique, disparaît…» Bush-Obama-Sarkozy-Hollande, même combat. Pendant ce temps, à l'Est et au Sud, de Raqqa à Palmyre, de la Somalie au Nigéria, la guerre des autres, la vraie, continue.

Par André Bercoff - lefigaro.fr
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